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A bientôt
Il marche de façon détendue, mais dés qu'il aperçoit une
proie, il se fige, se ramasse sur lui-même et se met à l'affût. À cet instant, tous les animaux dans les parages sont sur leurs gardes. Cependant, une fois repu, le lion se détend. Même les
proies faciles peuvent passer à proximité sans crainte.
Etre vraiment détendu même dans l'aiki...
Maintenant, il faut faire la distinction entre être "détendu" et être "sans force". Être détendu signifie que même s'il n'y a pas de
tension apparente en surface, la vitalité intérieure est prête à se rassembler pour agir. Être sans force signifie que la force vitale n'est pas disponible. Elle ne réagit aux stimulations que
de façon insignifiante.
Quand nous nous trouvons en pleine conversation, concentrés sur une tâche, ou dans une situation qui demande toute notre attention, les traits du visage sont naturellement tendus vers le
centre. Si quelque chose intervient, à cet instant même, nos traits se crispent davantage. L'expression du visage devient encore plus sérieuse.
Lorsque nous bougeons, tous nos mouvements partent du centre. Cependant, le corps réagit différemment lorsqu'il est tendu ou stressé. Une épaule se dresse, le dos se tord et se raidit. Des
tensions se répartissent de manières inégales à travers tout le corps, soulignant ainsi nos manies et nos habitudes.
Lorsque nous nous dressons, pour réagir à un stimulus, une suite de mouvements mécaniques s'animent à travers tout notre corps, traversent le bassin, l'abdomen, les épaules et le cou. Chacune
de ces parties s'étire ou se comprime. Au-delà de tous ces mouvements, l'élément important à observer est le temps de réaction comme suite à chaque stimulation.
Connaissez-vous l'anaphylaxie (hypersensibilité de l'organisme) ?
L'anaphylaxie correspond à un niveau de tension extrêmement élevé, où le corps réagit instantanément aux moindres stimulus qu'il perçoit. Mais cette condition ne peut durer
indéfiniment.
Constamment sous tension, le corps finit par se fatiguer. Il devient lourd et engourdi. Il devient incapable de s'activer.
Quand le corps s'engourdit de la sorte, il est incapable de
percevoir ses propres anomalies et n'intervient plus pour se protéger. Est-ce l'engourdissement qui l'empêche de ressentir ses troubles, ou bien est-ce l'incapacité de percevoir ses troubles
qui fait qu'il s'engourdit ? Quoi qu'il en soit, le corps ne se rend pas compte de son état. Nous n'avons pas l'air malade, et pourtant, sans comprendre pourquoi, on se retrouve face à une
maladie incontournable. Lorsque le corps se durcit, l'être humain perd sa flexibilité et son adaptabilité. Son esprit devient hypersensible aux moindres stimuli. Il devient pointilleux pour des
choses simples. Il se déprime et s'épuise facilement quand il n'obtient pas satisfaction. Enfin, il se laisse dominer par le premier obstacle venu. Son caractère s'affaiblit. Sa force de
résistance, son endurance et son pouvoir de concentration diminuent. Cela finit par le rendre impatient et il bascule vite dans la colère.
Quand le corps est raide, on peut avoir l'air gai en apparence, mais au fond de nous se cache une grande zone d'ombre.
L’été, temps de repos qui permet au corps de
récupérer des affres de la saison écoulée et aussi de remettre une cheville douloureuse en place, cela fait longtemps que je ne me suis plus reposé durant quelques semaines et de rester sans
pratique. Je veux ici parler de la pratique effective car il y quand même les stages avec les enfants et aussi la pratique « passive »à travers diverses lectures très instructives (y a
t-il un mot japonais pour cela ?). Oui, voilà un temps ou je peux laisser libre court à ma passion pour la lecture….
Sur les conseils d’une amie, je me suis initié au Zen du temps à travers un petit livre
« Le Zen du temps » d’Erik Pigani qui prône de vivre sa vie en ralentissant, il y de bonnes idées dans cet essai mais certains éléments m’ont bien fait réfléchir.
C’est vrai que le temps passe si vite, je ne vois pas la vie passer et je
me dis parfois que j’approche de la fin et qu’il y a encore tellement de choses que je voudrais faire : étudier bien sûr encore et encore non seulement l’Aïkido mais aussi d’autres
disciplines, voir les derniers maîtres historiques avant qu’ils n’aient disparus, voyager vers des contrées lointaines à la découverte d’autres cultures et de gens intéressants, lire des milliers
de livres…mais on n’a qu’une vie et hélas celle-ci sera trop courte alors si je ralentis, je ne pourrais pas réaliser le centième ni même le millième de ce que j’aurais voulu accomplir.
D’un autre côté, je pourrais aussi freiner et avoir l’impression que ma vie sera plus longue mais cela ne sera t-il pas du à un ennui lié au manque de
recherche ?? Ce
n’est que mon idée par rapport à ce livre et certainement que d’autres gens penseront bien autrement et de multiples façons.
Comme si je n’achetais pas assez d’ouvrages (une ruine…), certains m’en offrent et des parents d’élèves m’ont donné un livre assez merveilleux « Petite philosophie des arts martiaux »
d’Arthur Guigot, 160 pages de joie et de découvertes à travers les écrits de quelqu’un qui n’est pas « spécialiste » mais qui a pu bien analyser l’esprit du « Budo » et en
faire des ponts vers des personnages tels que Spinoza, Rousseau ou Gibran, je vous le conseille et j’en publierai quelques extraits bientôt.
Il m’arrive de prêter des livres aux personnes que j’apprécie et on m’a rendu après quelques mois de location « Mon mémento d’Aïkido » d’Olivier Gaurin, je l’avais déjà lu mais ce jour
là n’ayant rien à lire dans le train, je me suis replongé dedans…j’y ai vu des éléments que je n’avais pas vu la première fois.
Il y a certaines « bibles » comme ca que l’on a envie de
relire plusieurs fois tel « Nature et harmonie » de Saotome Sensei que j’ai du parcourir plus d’une dizaine de fois y découvrant à chaque fois de la nouveauté peut-être due à mon humble
évolution dans la pratique au fil des années.
Pour revenir au mémento, c’est vraiment un ouvrage à mon sens essentiel car non
seulement il démontre les techniques de bases de façon originale mais il fait énormément de parallèles vers d’autres disciplines telles que le Seitai, méthode de soin japonaise. Tout cela nous
amène vers notre meilleur ami qui en en fait ne nous quitte jamais d’un tempo : notre CORPS….dont Olivier Gaurin détaille très bien l’utilisation optimale dans notre pratique de tous les jours
mais également au dehors car finalement il faudrait arriver à être « aiki » tout le temps. Un bon esprit se dégage de ce pamphlet, Olivier a vécu 11 ans au Japon, est revenu en France
quelques années avant d’y repartir en 2005. C’est un pratiquant journalier de l’Aïkikai de Tokyo et est également élève de Christian Tissier. A le lire, il respecte tous les pratiquants quelle
que soit l’école ou l’appartenance, belle philo…
Bon, j’écris, j’écris et le temps passe encore….finalement, le temps perdu ne se rattrape jamais….
Ce vendredi 01 aout avait lieu le stage avec Sugino Senseï (voir post précédent). Toujours intéressé par le Katori Sinto Ryu, j'arrive une heure plus tôt pour assister au stage d'armes.
Toujours aussi passionné par cette école, je constate que nombre d'étrangers ont fait le déplacement dans ce petit dojo schaerbekois perdu près de la "cage aux ours". Des japonais bien sûr avec
Sensei et son fils Hidéo et quelques dames japonaises que je ne connais pas du tout, des allemands et quelques suisses, foulent le tatami.
Nous pratiquons également kotegaehi sur katatedori en coupant avec la main
en tegatana et iriminage sur shomenuchi basé sur le même travail. Là, je travaille avec mon ami Robert, costaud pratiquant qui "aikidoke" depuis des temps immémorables...on apprend vraiment au
contact de telles personnes.
Contrairement à nos pays voisins, les stages d'été d'Aïkido ne sont pas légion dans notre plat pays à l'exception du stage de Christian Tissier
Shihan à Wégimont, de Jean Burnay à Seron et du stage des 3 frontières avec Serge Picrit. A côté de cela, c'est un peu le repos estival...à part la pratique dans les rares dojos ouverts (tel le
Suki Dojo qui a connu une affluence record malgré la chaleur !!!!). L'évènement annuel qui clôture ce mois de juillet est sans conteste le stage de Katori Shinto Ryu et d'Aïkido organisé à
Bruxelles (les détails : ici ) sous la direction de Sugino Yukihiro Sensei 9ème Katori et 7ème Dan Aikikai, enseignant à Kawasaki. Il fut formé par son père,
Yushio Sugino Sensei 10ème Dan Katori, expert dans de nombreux autres budos et légende des arts martiaux.
J'ai déjà suivi un stage sous la houlette de cette personnalité hors du commun, c'était très enrichissant, des formes très classiques mais ne dit-on pas de toujours revenir aux bases.... Le stage
Aïki aura lieu ce vendredi 01 aout de 20H00 à 22H00 au dojo ACEPO de mon ami Robert Roman, un vrai dojo traditionnel existant depuis...1946 et qui a vu passer du beau monde en témoignent les
photos décorant les murs : Kochi Tohei, Tadashi Abe, André Nocquet, Kenjiro Abe, etc.
Le Katori, j'en ai un peu tâté il y a quelques années à une époque où j'étais un peu déçu de certaines pratiques fédérales et de certains enseignants. « Refuge » donc dans cette
discipline très intéressante à plus d'un titre mais terriblement exigeante, les premiers cours se déroulent...devant un miroir en répétant inlassablement des postures de bokken sous le contrôle
d'un sempai, après plusieurs semaines de ce régime, vous êtes finalement admis sur le tatami. J'ai passé plus d'une année dans ce dojo et l'étude n'a porté que sur un seul kata de bokken (le
premier en fait de l'école) et des trois premiers katas de Iai, c'était vraiment bien car tout le cursus est vraiment resté traditionnel. Les cours étaient (et sont toujours) dispensés par
Philippe Banai ; véritable Budoka car outre le Katori, il pratique et enseigne les armes d'Okinawa (Kobudo) sous la direction d'Oshiro Sensei ; il effectue régulièrement des voyages au
Japon afin de parfaire son art.
Il est venu donner un stage au Sakura Dojo en 2005, les pratiquants avaient grandement apprécié cette vision
différente du travail au ken assorti de multiples explications historiques et de démonstration (le travail naginata/bokken, impressionnant...).
Certains amis pratiquants (très puristes) me disent que cette école n'est pas du Katori car le seul vrai Soke (héritier de l'école) serait Otake Senseï, en fait je pense humblement que l'histoire
est un peu plus compliquée que cela. Pour les intéressés, je vous livre ci-dessous un historique assez complet de cette discipline martiale assez peu connue finalement.
Quelques liens :
Le dojo de Philippe Banai : ici
L'école d'Otake Sensei en France (représenté par Michel Coquet) : ici
Les premiers katas de ken : ici
Une vidéo d'Otake Sensei : ici
Historique
Cette école est certainement la plus ancienne dont on trouve trace. Elle fut fondée au XVème siècle (entre 1447 et 1450) par Iizasa Choisai
Ienao (1387-1488 ; Iga-no-Kami de son nom posthume abrégé).
Fondation
On connaît mal l'histoire du fondateur et, si les avis d'experts s'accordent sur les grandes lignes, il n'en est pas de même lorsqu'on entre dans
les détails. On sait qu'il est le fils d'un goshi (sorte de fermier - guerrier) originaire d'Iizasa, un village désormais appelé Tako-machi dans la préfecture de
Chiba. Même si l'on a peu de traces des exploits martiaux du jeune Ienao, il semble avoir excellé dans le domaine des armes et sa réputation, forgée sur les champs de
bataille, se propagea dans les alentours. Après la chute du clan Chiba, Ienao, fatigué des guerres, prit ses distances avec sa propre famille pour se retirer au mont Umeki
(Umekiyama), tout proche du sanctuaire de Katori (Katori jingu), dédié à Futsu-nushi-no-kami (une des deux divinités avec Take-mika-dzuchi-no-kami, dont le
sanctuaire est Kashima jingu, chargées par les kami célestes de ramener l'ordre sur terre), non sans avoir fait un don au préalable, ainsi qu'au temple bouddhiste shingon
Shintoku Shimpuku (Shintokusan Shimpuku-ji) qu'il avait fait ériger à Miyamoto-mura.
Durant cette vie de reclus, il advint qu'un de ses disciples lava un cheval dans un cours d'eau proche du sanctuaire. Rapidement, le cheval
dépérit et mourut. Ienao y vit un signe de la puissance du kami. C'est alors, à l'âge de soixante ans, que Ienao décida de se retirer au sanctuaire pour une ascèse de
mille jours (Sennichi-gyo). C'est durant cette période, ou à la fin selon d'autres sources, exclusivement consacrée à la discipline, que Ienao eut une vision de
Futsu-nushi-no-kami. Ce dernier lui apparut sous la forme d'un jeune homme lui tendant un ouvrage martial intitulé heiho shinsho. Il lui prédit aussi qu'il serait l'instructeur
de tous les escrimeurs qui se tiendraient sous le [regard du] soleil. A la suite de cette vision, Iizasa Choisai Ienao créa son propre style qu'il dénomma Tenshin
Shoden Katori Shinto Ryu, Le Tenshin Shoden étant l'indicateur de l'origine divine, de la sanctification et protection de la divinité tutélaire de l'école. Précisons aussi
que Choisai Ienao sensei fût l'instructeur d'un des shogun Ashikaga. Cependant les avis diffèrent quant à savoir lequel, même si la plupart penche pour Ashikaga
Yoshimasa (1436-1490, règne 1449-1473), plus doué pour les arts que pour la stratégie et qui finit par abdiquer en 1473, au milieu de la guerre de Onin (1467-1478), au profit de son
fils légitime après une querelle de succession l'ayant opposé à son fils adoptif (qui était en fait son jeune frère). Choisai Ienao sensei décède à l'âge avancé de 102 ans
(comptabilisé à la japonaise, 101 ans selon les normes occidentales) et portera le nom bouddhiste posthume de
Taiganin-den-Taira-no-Ason-Iga-no-kami-Raiodo-Hon-Dai-Koji.
Philosophie de l'école
Bien que cette école soit à tout point de vue un bu-jutsu, il est évident que Choisai Ienao sensei était un mystique et un pacifiste. Pour cette
raison, il sut s'entourer de précautions pour favoriser autant l'éveil intérieur que l'accomplissement martial, ce qui tend à rapprocher l'école des budo. S'il semble que l'école n'a
jamais été regardante sur la condition sociale des candidats ni même sur leur sexe (on prétend que cette école était ouverte aux femmes et aux paysans), il n' en était pas de même quant au
sérieux de la motivation.
Pour cette raison chaque candidat se devait de signer de son sang un serment (keppan) tenant en quatre points:
1. Ne pas divulguer les enseignements de l'école.
2. Ne pas discuter de l'école avec des non-membres (et encore moins montrer les techniques).
3. Ne pas se livrer aux jeux d'argent ou fréquenter des places de mauvaise réputation.
4. Ne pas croiser le fer avec les pratiquants d'autres écoles avant d'avoir obtenu un certificat de maîtrise (en fait le menkyo kaiden).
Après le keppan, les différentes étapes marquant l'avancement de l'élève étaient le
mukoroku (l'obtention du catalogue de l'école avec les différentes techniques), puis le menkyo kaiden (indiquant la maîtrise technique) et enfin le gokui kaiden
(indiquant la parfaite maîtrise) accessible à partir de l'âge de 42 ans. Ce système permettait de scinder les techniques en omote (accessible à tous) et en gokui (accessible à une
minorité). Ce principe a souvent eu cours dans les écoles martiales (on appelle les formes cachées okuden en général). La nature même de l' enseignement du fondateur était aussi un moyen
de pérenniser sa vision bienveillante.
Ainsi, en préambule du catalogue de l'école (mukoroku), il est dit : « L' art martial [Heiho en caractères japonais] est l'art de la paix [Heiho en caractères
chinois] et tous devraient apprendre à faire la paix ». Une autre histoire montre bien la disposition d'esprit bienveillante du fondateur.
L'école Katori était installée à proximité des sanctuaires de Katori et de Kashima dans la province du Kanto (dans la région de Tokyo). Outre le fait
que de nombreux guerriers y venaient en pèlerinage et à ce titre étaient susceptibles de faire un détour par l'école pour y provoquer le maître en duel, il faut savoir aussi que la partie
orientale du Kanto avait été perdue par Ashikaga Yoshinori (1394-1441, shogun de 1429 à 1441), et la région était en proie à de nombreux désordres.
En somme, la région étant très mal fréquentée et sa réputation étant grande, Choisai Ienao sensei était souvent provoqué en duel. Avant de se battre, il invitait son adversaire à
s'asseoir et faisait disposer une natte de paille sur un support de bambous nains, à une trentaine de centimètres du sol.
Choisai Ieano sensei s'asseyait alors sans faire ployer les bambous et invitait alors l'étranger à en faire de même. Il va de soi que ce dernier renonçait autant à s'asseoir qu'à se
battre. Cette anecdote est connue sous le nom de « leçon des bambous nains » (Kumazasa no oshie). Choisai Ienao sensei disait aussi que la plus belle des victoires s'obtient
sans arme et sans combattre.
Vient ensuite celle où l' on est forcé de blesser son adversaire. Enfin, la pire est celle que l' on ne peut obtenir qu'en tuant son adversaire.
Aujourd'hui encore on dit dans cette école que la compétition (shiai) est synonyme de mort (shi-ni-ai, littéralement « se rencontrer pour se donner la mort
»).
Filiation
Fondateur: Iizasa Choisai Ienao (Iga-no-kami)
2ème Soke : Wakasa-no-kami Morichika
3ème Soke : Wakasa-no-kami Morinobu
4ème Soke : Yamashiro-no-kami Moritsuna
5ème Soke : Saemon-no-jo Morihide
6ème Soke : Oi-no-kami Morishige
7ème Soke : Shuri-no-suke Morinobu
8ème Soke : Shuri-no-suke Morinaga
9ème Soke : Shuri-no-suke Morihisa
10ème Soke : Shuri-no-suke Morisada
11ème Soke : Shuri-no-suke Morishige
12ème Soke : Shuri-no-suke Moritsugu
13ème Soke : Shuri-no-suke Morikiyo
14ème Soke : Shuri-no-suke Nagateru
15ème Soke : Shuri-no-suke Moriteru
16ème Soke : Shuri-no-suke Morishige (Kanrokusai)
17ème Soke : Shuri-no-suke Morifusa
18ème Soke : Shuri-no-suke Morisada
19ème Soke : Shuri-no-suke Kinjiro
20ème Soke : Shuri-no-suke Yasusada
En théorie, la filiation est resté ininterrompue depuis sa création. C'est le fils aîné
qui prend en charge l'école d'une génération à l'autre. Toutefois, le 18ème soke, Shuri-no-Suke Morisada, mourut en 1898, à l'âge de 59 ans, sans laisser d'héritier mâle.
Pendant vingt ans, l'école fût dirigée collégialement par huit experts sous la direction du shihan Yamaguchi Kumajiro. Ces huit experts étaient : Kamagata Minosuke sensei,
Tamai Kisaburo sensei, Shiina Ichizo sensei, Ito Tanekichi sensei, Kuboki Sozaemon sensei, Isobe Kouhei sensei, Hayashi Yazaemon sensei et Motomiya Toranosuke sensei.
A cette période il y a une séparation des filiations soke et shihanke. En effet, après la mort du shihan Yamaguchi Kumajiro, en 1918, il fallut attendre encore onze ans
(1929) avant que par le biais d'un mariage le 19ème soke vit le jour en la personne du Professeur Kinjiro qui prit dès lors le nom de Shuri-no-Suke Kinjiro. Pour
l'anecdote, la place aurait été proposée à feu Minoru Mochizuki sensei, mais il aurait décliné la proposition pour ne pas abandonner Jigoro Kano sensei.
En fait dès 1928, sous l'influence de ce dernier, le Kobudo Kenkyukai, section de
recherche sur les arts martiaux traditionnels, voit le jour.
Parmi les écoles traditionnelles étudiées, il se trouve tout naturellement le Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu. Parmi les judoka qui l'étudieront, on trouve bien évidemment feu
Minoru Mochizuki sensei (1907-2003) et feu Yoshio Sugino sensei (1904-1998).
Ce dernier abandonnera le judo dès 1928 pour se consacrer entièrement à l' étude de l'école Katori Shinto Ryu sous la tutelle principale de Shiina Ichizo sensei alors
âgé de 38 ans et qui l'instruira pendant dix ans, mais aussi de Tamai Kisaburo sensei, Kuboki Sozaemon sensei, et Ito Takenichi sensei, qui étaient les instructeurs enseignant
le Katori Shinto Ryu au dojo de Kano sensei et ce, pendant deux années.
Il semble que les experts ainsi mandatés pour enseigner manifestaient quelques différences dans l'enseignement des techniques et que pendant cette période de flottement, les judoka
instruits n'aient pas signé le keppan comme aurait dû l'exiger l'école. En 1940, à l' issue d'une brillante démonstration effectuée devant le prince impérial Nashimoto, et
certainement à la demande de la famille impériale, le 19ème soke autorisa Yoshio Sugino sensei à enseigner le Katori Shinto Ryu dans son dojo de
Kawasaki.
Il l'encouragea aussi à propager l'école et à écrire un livre qu'il préfaça comme suit: « ...La situation sociale ne permet plus de garder les secrets de la doctrine du Katori Shinto Ryu
uniquement à l'intérieur de l'école. Après l'apparition de l'Association pour la réanimation des Arts martiaux du Japon au printemps de 1935, je me sentais coupable de laisser mourir les arts du
Fondateur, j'ai donc choisi le maniement du sabre pour montrer au public certaines parties du Shinto Ryu et ceci dans le but de rendre service à la nation. Monsieur SUGINO m'a proposé
juste au bon moment de publier en compagnie de Mme ITTO KIKOUE des techniques existantes afin de guider les plus jeunes. Je lui ai donné mon appui et c'est ainsi que ce livre a vu le jour. Ce
livre contient en abondance les expériences de l'auteur qui a réussi à saisir la quintessence de l'esprit des arts martiaux, qui explique minutieusement les techniques de l'Omote Waza En
conséquence, on peut utiliser ce livre comme manuel de maîtrise ou comme guide d'instruction pour débutant. Ce livre étant publié à l'heure même où l'on tente de populariser l'esprit des arts
martiaux, je suis sûr qu'il servira la société future.
Enfin j'exprime toute mon admiration aux auteurs pour les efforts qu'ils ont
déployés.
Fait à Katori au milieu de l'automne 1941. IIZASA SHURI NO SUKE KINJIRO, 19ème descendant du fondateur.
»
Certainement parce qu'il était issu du
judo, Yoshio Sugino sensei n'utilisa pas le système ancestral des mukoroku, menkyo kaiden, et gokui kaiden, mais y substitua le système plus moderne de dan. Il
sera, du reste, lui-même nommé 10ème dan en 1981 par l'institut international des arts martiaux. Quant à Minoru Mochizuki sensei, il suivra le conseil que lui avait donné
Jigoro Kano sensei, lorsqu'il lui avoua être perturbé par les différences de styles entre les quatre experts de l'école Katori, celui-ci lui aurait déclaré : « Rejette
tout et trouve par toi-même ta propre Voie ».
C'est ce qu'il fera, utilisant lui aussi le système moderne de dan pour échelonner la progression. En 1942, en pleine guerre mondiale, un jeune homme de 16 ans du nom d'Otake Risuke
(1926- ?) signe le keppan.
Il suivra assidûment les cours Hayashi Yazaemon sensei (1882-1964) et obtiendra le gokui
kaiden à l'âge de 42 ans prenant en charge la fonction de shihan à cause de l' incapacité du 20ème soke à assumer cette fonction. Au passage, en 1960, il obtient que le
Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu soit classé trésor national du Japon.
Katori aujourd'hui
L'enseignement
de Minoru Mochizuki sensei (disparu en mai 2003) est perpétué dans ses formes modifiées au sein du Yoseikan Budo et de l'Aikibudo ses représentants le véhiculent dans pratiquement tous
les pays occidentaux.
Le Yushinkan de Kawasaki de feu Yoshio Sugino sensei a été
repris par son fils Yukihiro Sugino sensei 9éme dan et Goro hatakeyama sensei, dont l'école est parfois désignée sous l'appellation Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu Budo Suhan
Heiho Shinsho .
L'Aikibudo, largement représenté par Alain Floquet, véhicule ce
courant avec les formes modifiées de feu Minoru Mochizuki sensei. On compte de nombreux haut gradés et dojo dans pratiquement tous les pays occidentaux.
Le Shinbukan de Narita du shihan Otake Risuke avec des représentants en Angleterre, Espagne, Etats-Unis, France et Italie. Le représentant (shidosha) pour la
France est Michel Coquet.
Il convient de noter aussi celui des Etats-Unis qui est Phil Relnick, un proche de Don Draeger et le seul menkyo kaiden d'occident.
Il faut signaler un nouveau courant transfuge de chez Otake sensei en la personne de Sugawara sensei. Entré dans l'école en 1975 auprès d'Otake sensei, il fut l'éditeur
du triple volume The Deity and the Sword.
Il obtint le menkyo kaiden et sa licence kyoshi en 1986. Il a depuis fait scission et a été exclu de l'école. Il dispense malgré tout son enseignement et dispose de
représentants dans plusieurs pays, en particulier aux Etats-Unis, en Espagne, en Finlande, et aux Philippines. Son élève le plus ancien s'appelle Mark Jones et vit aux USA où l'on trouve
de nombreux dojos.
Curriculum de l'école
Dans son catalogue, l'école possède les
disciplines suivantes:
- Batto-jutsu ou Iai-jutsu (dégainer le sabre)
- Ken-jutsu: Odachi, Kodachi, Ryoto (Escrime: sabre long, sabre court, ensemble ou
séparément)
- Bo-jutsu (bâton long)
- Naginata (grand fauchard)
- So-jutsu (lance)
- Yawara-jutsu ou ju-jutsu (techniques à mains nues)
- Shuriken-jutsu (projectiles)
- Nin-jutsu (contre espionnage)
- Chikujo-jutsu (fortifications)
- Sen-jutsu, appelé aussi Gunbaiho (stratégie)
- In-Yo Kigaku (esotérisme)
La liste des disciplines n'est certainement pas exhaustive dans la mesure où, toute tradition
martiale (ryugi) qui se respecte doit comporter 18 disciplines à son catalogue (Bugei Juhappan), selon une croyance d'origine chinoise (ce nombre symbolisant un cycle martial
complet, une sorte de perfection).
On peut donc supposer que le curriculum de cette école devrait inclure au moins 5 autres disciplines si l'on considère que le ken-jutsu compte pour trois, et 7 autrement. On peut
imaginer que le catalogue contient (ou contenait) du jo-jutsu (si l'on considère la légende de Muso Gonnosuke qui aurait créé son école à partir des douze kata de
jo de l'école Katori) et du nagamaki dans la mesure où, traditionnellement naginata et nagamaki (arme d'hast ressemblant à un naginata pour
cavalier avec un manche plus court et une lame plus longue) vont de pair et sont appelés de manière générique nagamono.
Cela induit le ba-jutsu (équitation) ce qui ferait déjà trois disciplines de plus. Comme ces disciplines qui d'ordinaire, n'apparaissent pas dans le curriculum divulgué au public, on
peut supposer que ces techniques sont soit, conservées secrètes (mais que peut-il y avoir de plus secret que le In-Yo Kigaku ?) soit tout simplement perdues.
Lors d’un stage Hauts Grades à Bras, une question fut posée à Tamura Senseï sur la
différence des positions de pieds entre l’Aïkido et les arts martiaux chinois. La réponse donnée avec quelque humour, fut que la Chine était un pays plat et le Japon un pays de montagne. Cette
réponse a amené à penser aux niveaux logiques de G. Bateson qui se décrivent ainsi :
Nous vivons tous dans un environnement auquel nous
devons nous adapter pour survivre. Les composantes de cet environnement sont physiques (mer, montagne, mégalopole, etc), sociales (famille unie, solitaire, quartier surpeuplé ou petit village de
campagne) et historiques (temps de guerre, de famine ou d’abondance). Pour survivre, nous allons élaborer des comportements qui nous
permettront d’obtenir de l’environnement ce dont nous avons besoin ou envie (les besoins pour la survie, l’envie pour le "luxe"). Pour avoir ces comportements, nous devons développer des
capacités. Ainsi, si l’environnement se trouve être la brousse, au milieu d’une petite tribu, les capacités de
vitesse à la course (pour fuir ou chasser) peuvent être déterminantes. La même capacité pour un cadre d’une multinationale installée à Zurich peut être négligeable.
Pour exercer ces capacités, nous devons avoir des
croyances qui
nous permettent de développer ces capacités. Pour qu’un sportif puisse réaliser une performance, il doit croire que cela est possible. Pour reprendre l’exemple de la brousse, si un guerrier se
trouve face à un lion, il peut ne pas utiliser une capacité comme la vitesse à la course pour s’échapper parce qu’il estime qu’en tant que guerrier, il doit affronter le danger et ne pas fuir.
Ainsi les croyances peuvent faciliter ou réprimer nos capacités et même nous amener à ne pas prendre en compte notre environnement. L’ensemble de nos croyances doit s’harmoniser en un tout
cohérent, qui constitue notre identité. En effet une croyance qui ne serait pas compatible avec
notre identité, serait rejetée, rejetant par là-même les capacités et les comportements qui lui sont associés.
Senseï a donc donné une réponse qui se situe au premier des niveaux logiques. Bien sûr d’autres réponses existent aux autres
niveaux : Telle position des pieds permet tel type de déplacement ou de frappe (niveau des
comportements), ou bien telle position des pieds favorise la souplesse, la puissance ou l’élégance
de la technique (niveau des capacités), ou bien encore telle position des pieds détermine telle demarche qui montre l’appartenance à une classe de la société ou
l’assurance du guerrier (niveau des croyances), ou pour terminer, un guerrier japonais ne peut se sentir bien qu’avec cette position des pieds (niveau de l’identité).
Ces différents niveaux peuvent également être vus comme un
schéma d’évolution illustré par la métaphore suivante...
Cela se
passait dans le Japon médiéval, où le maître d’une école de sabre très renommée appela un jour fils pour lui tenir le discourse suivant : "Mon fils, j’ai été invité à la cour du Shogun. Je vais
partir avec quelques vieux compagnons. Je vais en profiter pour revoir de bons
amis, quelques paysages de ma jeunesse et voyager un peu. Mon absence durera un an, peut-être plus. Il a
toujours été prévu que tu reprendrais l’école lorsque je ne serais plus de ce monde, et j’ai pensé qu’il était inutile d’attendre et que tu pourrais diriger l’école pendant mon voyage. Mais,
notre école a une grande réputation et avant de partir j’aimerais savoir ce que tu comptes faire pour que cette reputation perdure par delà mon départ. Prends ton temps et reviens me voir pour me
présenter tes projets. Je partirai lorsque je serai rassuré à ce sujet. Tout gonflé d’orgueil, le fils sortit de l’entretien avec plein d’idées dans la
tête. L’école se trouvait sur un terrain assez étendu. Le fils le parcourut en tous sens,
dormit même une nuit à la belle étoile, puis après quelques jours revint voir son père :
"Père, je sais comment augmenter encore notre réputation. Nous allons nous
servir de tous les espaces inutilisés pour entraîner nos élèves à tous les environnements : nous allons créer une aire de combat en sable, une autre de rocaille, une autre de
ronces,..."
"Une question, mon fils : penses-tu
recréer toute la diversité de la nature, la légèreté de la rosée du matin, le bruit de la neige qui s’écrase sous ton pas, la force du vent, ..?"
La question posée avec douceur et un peu d’ironie soulignait
l’aspect grandiose et inutile du projet. Le fils sortit de l’entretien soucieux et encore plus déterminé à trouver la réponse à l’interrogation du Senseï.
Il passa les jours suivants à observer les cours donnés par tous les instructeurs, assistants
du Maître. Il revint quelques jours plus tard avec de nombreux papiers : "Senseï, j’ai compris que nous ne pouvions recréer la nature, mais qu’il fallait se préparer à sa diversité. J’ai
donc codifié les différents situations en kata et les ai dessinées
sur ces feuilles". Le Maître prit les feuilles. Il semblait s’amuser beaucoup. "Tu as toujours été un bon calligraphe et un bon dessinateur mon fils. Nous pourrions mettre ces dessins au mur,
pour le cours des enfants." Les yeux du Maître, malicieux et interrogateurs, étaient posés sur le fils qui ramassait ses feuilles, pensif. Comment faire pour que l’enseignement ne soit pas figé ?
Les jours suivants, notre héros les passa à discuter avec les instructeurs pour trouver des réponses. Fort de nouvelles certitudes, notre futur directeur d’école sollicita un entretien avec son
père : "J’ai compris ce qui faisait la spécificité de notre école. Chacun de nos instructeurs se focalise, plus ou moins, sur la vitesse, la souplesse, la précision, la rigueur, mais tous
cherchent à transmettre des qualités qui donnent de la présence dans le combat. C’est la présence du combattant que nous devons mettre en avant dans notre enseignement afin de maintenir nos
performances techniques." Le Maître semblait s’amuser de plus en plus : "Alors, nos escrimeurs vont également devenir de bons acteurs de théâtre".
Le futur Maître salua profondément, confronté à
son échec. Avant qu’il ne prenne congé, le Maître ajouta : "Mon fils, la notion d’échec est une perception personnelle", ce qui ajouta à la détresse de notre héros qui passa les jours suivants,
désoeuvré et mélancolique, avec une question en tête : "Qu’est-ce qui est le plus important pour notre école ?" Un matin, il alla voir les plus anciens compagnons du Maître pour leur demander de lui raconter l’histoire de
l’école, la construction du Dojo, les difficultés rencontrées afin d’approcher de la quête de son Maître et père. Ce fût instructif et notre héros, du fond de ses doutes, pensa avoir trouvé la
solution.
Se laissant encore une nuit de
méditation, il sollicita un entretien avec le Senseï : "En écoutant vos compagnons de la première heure, je pense avoir trouvé ce que je vais faire. Le chemin de votre vie s’est construit sur la
Vérité, la Justice, la Sagesse et le Courage. Je vais
poursuivre dans cette Voie et faire en sorte de développer cela."
"Très bien, mon fils, le futur prend ses racines dans le passé. Mais que fais-tu du présent ?" Le sabre du Maître avait jailli de son fourreau, sans même que sa
respiration ne change ou ses yeux ne cillent. D’un seul souffle, le fils avait repris la distance lui permettant d’esquiver. Face à la pointe du sabre, le fils sollicita la permission d’assister
aux prochains cours donnés par le Maître. D’une inclinaison de tête, le Senseï accepta, avec une lueur malicieuse au fond des yeux. Le fils suivit les trois cours suivants, immobile en apparence,
prolongeant son proper esprit dans celui de son père en action. A la fin du troisième cours, le Senseï vint vers son fils : "Je te sens prêt à me parler".
"Je vais laisser les évènements venir et agir en
fonction de ce que je suis". La phrase paraissait banale en comparaison du calme et de la concentration relâchée de la posture du fils. "Je partirai dès demain, dit le père, pour mon
voyage."
"Mais, ne faut-il pas plus de temps
pour préparer un voyage aussi long ?" "Savoir que mon école est en de bonnes mains est le seul bagage important dont j’ai besoin pour ce voyage". Les deux hommes se saluèrent.
Il y avait maintenant deux Senseï dans la pièce. Le lendemain, à la porte de l’école, le père et quatre de ses anciens
compagnons faisaient leurs adieux. Le fils, à présent nouveau
Maître de l’école, remarqua de nouveau une lueur de joie et de malice dans les yeux de son père. "Il me transmet une autre leçon, en ce moment.
"Laquelle ?" se dit-il. Les détails de la scène lui apparurent plus clairement : les cinq hommes face à lui étaient habillés
différemment, ne portaient pas les même armes, avaient des postures différentes, et pourtant il se dégageait du petit groupe une impression de cohésion et de puissance. Naturellement, les cinq
hommes s’étaient placés de façon à se protéger les uns les autres. Le fils comprit que le dernier entretien avec son père l’avait amené à la cohérence personnelle — faire un avec ses choix — et
qu’il avait devant lui l’étape suivante de son évolution : faire un avec le groupe.
Les cinq niveaux — que sont l’environnement, les comportements, les capacités, les croyances et l’identité — sont présentés
sur une pyramide, ce qui ne signifie pas qu’un niveau soit plus important que celui du dessous, mais qu’un petit changement à un niveau supérieur, (identité ou croyances) provoque de grands
changements aux niveaux inférieurs (capacités, comportements). L’important est, pour chacun de nous, de trouver une cohérence entre ces cinq niveaux. La fin de l’histoire suggère qu’au-dessus du
niveau de l’identité se trouvent d’autres niveaux, appelés "spirituels" et qui sont l’appartenance à une famille, à un groupe, à une patrie (ou une religion) et pour finir, à
l’univers.
Dans le film Shichinin no bushi (7 Samourais) de Akira Kurosawa, nous retrouvons
différentes scènes du principe du wu wei : Kanbei le vétéran, qui fait office de chef, va recruter des bushi en vue de former un groupe pour défendre un village de paysans soumis aux raids
incessants de pillards. Dans sa recherche, il est amené sur les lieux d’un duel entre Kyuzo, un maître de sabre constamment dans le perfectionnement de son art, et un rônin.
Son antagoniste, un samouraï imbu de sa personne, contestant la victoire de Kyuzo
lors d’un assaut au bokken, réclame un combat définitif au katana. Obligé d’accepter sous l’insistance démesurée du rônin, Kyuzo se met en position waki no kamae, enraciné dans son centre, le
visage impassible. Son adversaire à une dizaine de mètres, en jodan no kamae, s’agite en poussant des kiai. A ce moment, Kanbei déclare « l’issue est évidente ». Le rônin court en criant, le
sabre haut sur Kyuzo. Au moment décisif, le sabre de Kyuzo s’abattit sur son adversaire dans l’espace et le temps nécessaire à l’action juste. Si nous analysons cette scène : d’une part, nous avons Kyuzo dont l’attitude corporelle va
induire et renforcer son détachement dans le combat ; l’unité du corps et de l’esprit dans l’attente symbolise l’expression de « l’agir sans agir », l’action naturelle va intervenir sans mise en
avant de l’égo au moment du contact lorsque le sabre va jaillir dans son rôle intrinsèque. A contrario, son adversaire évolue dans le monde de l’égo, de l’agitation physique et
mentale, des cris, de l’instabilité….tous les indices de la défaite.
Dans le monde animal, nous retrouvons ce wei wu wei dans la nature inhérente à chaque espèce
où l’égocentrisme et la conscience sont absents (à vérifier), où seule la programmation génétique de l’espèce dirige les actions principales de la vie (manger, dormir, se reproduire etc…) ; par
exemple un épervier tournoie au-dessus d’un champ, repérant sa cible : un mulot. A un moment, l’oiseau va interrompre son cercle et fondre sur le mammifère manifestant ainsi une méthode de chasse
de l’espèce utilisant les forces et l’habilité optimum du volatile sans interférence de l’égocentrisme. 10 kilomètres plus loin, avec des acteurs similaires, nous retrouvons un schéma
identique.
Dans certains arts martiaux, ces principes sont mis en
évidence à travers l’optimisation de l’humain dans le geste animal tel que la boxe du tigre, de la mante religieuse, de la grue, du singe, du dragon, du serpent etc…
La nature nous offre aussi l’enseignement du wu wei. Par exemple, la vague qui vient se briser
sur le rocher n’a pas la volonté de faire une douce caresse ou une déferlante, elle obéit aux lois cosmiques pour son action, en l’occurrence le cycle lunaire. Elle s’harmonise ainsi aux lois de
notre univers. Cette vague qui s’est individualisée un court instant va se détruire dans sa forme et se fondre dans l’océan, elle va se reconstituer sous une même forme avec des composants
différents dans un cycle infini. O sensei Morihei Ueshiba
disait « le sens profond de l’aikido, c’est de s’harmoniser avec le mouvement de l’univers et de s’unir soi-même avec l’univers » ; et il continue « l’ennemi, en essayant de se battre avec moi
qui suis l’univers, essaye de rompre l’harmonie de l’univers ; à l’instant où il pense combattre avec moi, l’ennemi est déjà défait. »
C’est aussi un exemple du wei wu wei, l’action se fait dans la non-action génératrice de la
transcendance de l’homme.
Le premier stade est de comprendre les
mouvements de l’univers et de trouver la procédure pour « s’unir avec l’univers ».
Cela va impliquer une pensée juste, une compréhension juste, un geste juste, une action juste, avec notamment la purification du coeur, la clarté de l’esprit, la disponibilité
du corps, l’application des principes qui régissent notre cosmos dans la pratique, et aussi beaucoup de courage pour suivre cette grande voie d’aiki que nous invite à suivre le vénérable
fondateur O sensei Morihei Ueshiba.
Depuis la nuit des temps l’Homme
combat, et ceci pour différentes raisons:
* Se nourrir (prédation de l'animal)
* Suivivre vis à vis des autres hommes, possession du territoire, du clan, de la richesse, du pouvoir, d'une personne féminine ...,etc..
Cet aspect primitif de l’Homme a
en partie disparu dans sa forme brute initiale, mais subsiste dans le fond. La
civilisation a apporté une normalisation du combat des humains sous la forme de guerre, avec un perfectionnement incessant des armes et des techniques de
combat. Nous pouvons dire que le combat appartient à un phénomène de société, c'est-à-dire celui des humains correspondant au monde horizontal.
Le combattant est confronté à la
victoire (non permanente) à la souffrance (blessure) et à la mort (disparition), l’habileté de la pratique des armes et des techniques n’impliquent pas forcément la maîtrise de l’esprit, d’autre
part le développement des religions ou des méthodes de contrôle de soi vont venir influencer le guerrier.
La religion chrétienne à l’époque du
Moyen-Age a marqué d’une manière importante la chevalerie et plus particulièrement les chevaliers teutoniques et les templiers. Parlons maintenant du bouddhisme, introduit
en chine en 600 après j-c par le moine indien Bodhidharma. Celui-ci initialise une forme de bouddhisme qui pris son essor dans le temple de Shaolin, sous le nom de Chan (Zen) le successeur de
Damo, Huiko développe le temple qui s’enrichit, les pillards attaquent cette richesse, Huiko fait alors appel à des pratiquants d’arts martiaux pour défendre les
biens de Shaolin, c’est ainsi que les moines découvrant l’art martial (yang) qui associé à la méditation (yin) les firent devenir des moines guerriers
redoutables.
Au Japon le bouddhisme arriva vers 700 ans après J-C venant de chine, il se répandit dans différentes écoles dont le zen. Cette forme de bouddhisme séduit le samouraï de
l’époque par son dépouillement et son pragmatisme, certains guerriers avaient un maître zen comme mentor afin de mieux vivre
la relation vie et mort de la condition de samouraï.
Plus
tard, à l’époque Heian (794-1185), les yamabushi influencés par le bouddhisme ésotérique Tendai et Shingon développèrent un art martial associé à des rituels profonds qui donna “La voie du
shugendo”.
Evoquons maintenant le taoïsme qui est la base fondamentale de nombreuses méthodologies : médecine traditionnelle chinoise, alchimie,
techniques de longue vie, art de la chambre à coucher, feng shui, yi jing, arts martiaux, etc.
La spécificité des arts martiaux (externe et
interne) issue du taoïsme est une racine théorique et pratique permettant l’application des lois cosmiques dans l’art martial (exemple : utilisation du qi, du principe yin/yang,
etc.)
Le shintô spécifiquement japonais utilisé aussi au sein de quelques écoles d’arts martiaux met en évidence la relation hommes/kami, il est évident que cette relation ne peut
devenir effective que par une pratique intense et que peu d’humains ont la possibilité de connaître cette réalité.
Parlons maintenant de l’Aïkido ; le parcours
de vie du fondateur Morihei Ueshiba nous montre de manière claire le chemin à suivre, son expérience martiale à travers la maîtrise des pratiques de différents ryu, son approche spirituelle de la
découverte du bouddhisme shingon mikyo dans son enfance, et du shintô Omotokyo plus tard, ont fait que son génie de création (peut-être inspiré par les kamis) a permis la naissance de l’Aïkido,
manifestant le monde horizontal des humains à travers les techniques et le monde vertical des dieux par les principes. Il nous appartient de trouver notre voie
et de nous construire, ne nous trompons pas de chemin, notre vie est précieuse. Il serait dommage de la gaspiller, il nous faut avoir le courage, la ténacité et la disponibilité du guerrier, avec
aussi l'inspiration céleste qui peut éclairer le moine, pour nous permettre d'approcher la pleine subtilité de l'Aïkido.
Un très bon article de Jacques Bardet que je trouve vraiment intéressant...:
C’est devenu une forme
de lieu commun que de vouloir opposer les voies orientales et occidentales .En orient le Maître décrit le but, montre ce à quoi il faut parvenir mais oublie de dire comment y arriver. Il a retiré
l’échelle. A l’inverse en occident les apprentis maîtres passent leur temps à détailler les moyens, ils connaissent parfaitement l’historique del’école, mais ils en oublient la fin. Ils peuvent
détailler tous les détails des barreaux de l’échelle, écrire des volumes pour approfondir les concepts, ils se perdent sur la voie et leursélèves avec eux. Comment sortir de ce dilemme ?
N’oublions pas que ce que nous cherchons en aikido, cette simplicité ou détente ou
relâchement, est déjà présent en nous. Elle n’est pas un paradis perdu, celui du bébé qui n’avait aucune faculté de différenciation, elle est notre nature profonde. La conscience cherche la conscience, elle devient consciente d’elle-même.
Toujours revenir au relâchement c’est se situer dans le présent, dans l’ici et maintenant. Imaginons un pratiquant de longue date, ayant une connaissance approfondie de l’historique de l’aïkido, de l’ésotérisme japonais, des textes sacrés, qui vient à un cours donné par un expert et qui s’entend dire, «ta tête est de côté», «ton épaule est trop haute» ou «ton pied avance de travers». Quelle peut être sa déception ! Au lieu d’une révélation profonde sur le sens caché d’une technique le voilà ramené à une futilité. Que faire ? Repartir étudier plus profondément les textes, trouver de nouveaux concepts ? Je ne pense surtout pas qu’il faille mépriser et rejeter toute étude du contexte culturel de l’aïkido mais toujours nous devrons faire face à ce que nous vivons dans l’instant.
Les textes d’examen dan introduisent un découpage des techniques en trois temps, placement, déséquilibre et
engagement final. Cette décomposition du mouvement donne l’idée qu’elle peut aider le pratiquant à construire sa technique.
Voici pourquoi je ne suis pas d’accord surtout avec la façon dont cette
division est utilisée :
1 - Tout d’abord parce qu’elle rentre en contradiction avec la martialité de l’aikido. Si l’attaquant n’est pas déséquilibré dès le contact il a aussitôt une occasion de redonner un coup. Avec notre vocabulaire nous disons que la prise du centre de l’attaquant est faite dès le début de la technique et non pas dans un deuxième temps.
2 - Si elle devient un mode pédagogique cela signifie que nous donnons à voir, à mettre en évidence (pour les spectateurs mais aussi pour les adversaires) ce qui va se passer. Cela peut combler de satisfaction un public peu regardant qui «comprend» ce qui se passe, la lecture est facile, le méchant se retrouve par terre. Mais rendre lisible par tous la technique rentre en contradiction avec la nécessité que l’adversaire ne puisse pas percevoir ce qui va lui arriver. La recherche du relâchement dès le début de la pratique favorise à contrario de petits déplacements (mouvement plein dans l’espace le plus réduit possible), la simplicité de l’exécution et sa rapidité (qui n’est pas voulue en elle-même). La lecture en devient plus difficile. Il n’y a rien de caché dans la technique mais c’est l’éducation de notre perception qui doit être faite sans céder à la facilité.
3 - Ce découpage de la technique introduit le rôle d’uke, et non pas aïte, qui peut devenir le
compère d’un jeu faussé de mise en forme de la technique. Pour une part seulement de la pratique l’attaquant conduit tori (surtout quand celui-ci est débutant) pour lui faire percevoir la technique dans sa globalité (un temps toujours à la même vitesse). A d’autres moments aïte par une saisie ferme et souple permettra à tori de préciser sa technique : il ne s’agit pas de réussir à passer à tout prix mais de trouver une exécution détendue. Il n’y a pas une mais de multiples façons d’être pour aïte. Tori doit pouvoir trouver sa place, quel que soit le jeu de aïte, comme dans la vie de tous les jours. Nous ne sommes pas dans un show télévisuel où les jeux sont faits à l’avance par une organisation obéissant aux impératifs du marché.
4 - Trop souvent maintenant nous voyons lors des passages de grades ou lors des examens BF des candidats qui au lieu d’une technique reproduisent un éducatif par exemple lorsque l’attaquant vient se placer automatiquement en reprenant ses appuis plusieurs fois. Pour nous, nous dirons que la technique est la même pour le débutant et l’ancien. Seules les difficultés rencontrées diffèrent. C’est justement tout le plaisir de la recherche de faire face, dans une technique apparemment simple, à nos propres erreurs sans passer par un parcours préétabli comme c’était peut-être le cas dans les ryu anciens.
Tout nous est donné dès le début de la pratique, à nous de le saisir, voire de le voler. C’est là à mon avis ce qui fait la puissance de l’aïkido tel qu’il nous est présenté par Maître Tamura, une voie directe.
La répétition des saluts ( en tant qu’apprentissage du corps, du maaï et de l’humilité), des ukemi, les suburi , la préparation d’une façon générale et quelques éducatifs souvent
repris sont un moment privilégié pour introduire dans la pratique, en particulier pour le débutant, le relâchement, le sens de la globalité et toutes les fondations (shiseï, kamae, taïsabaki…).
Nous sommes déjà au coeur de la pratique.
En résumé il n’y a pas toujours contradiction entre voie directe et voie progressive.
Par Jacques Bardet paru dans Seseragi
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