Présentation

Mardi 15 juillet 2008

 

Lors d’un stage Hauts Grades à Bras, une question fut posée à Tamura Senseï sur la différence des positions de pieds entre l’Aïkido et les arts martiaux chinois. La réponse donnée avec quelque humour, fut que la Chine était un pays plat et le Japon un pays de montagne. Cette réponse a amené à penser aux niveaux logiques de G. Bateson qui se décrivent ainsi :
Nous vivons tous dans un environnement auquel nous devons nous adapter pour survivre. Les composantes de cet environnement sont physiques (mer, montagne, mégalopole, etc), sociales (famille unie, solitaire, quartier surpeuplé ou petit village de campagne) et historiques (temps de guerre, de famine ou d’abondance). Pour survivre, nous allons élaborer des comportements qui nous permettront d’obtenir de l’environnement ce dont nous avons besoin ou envie (les besoins pour la survie, l’envie pour le "luxe"). Pour avoir ces comportements, nous devons développer des capacités. Ainsi, si l’environnement se trouve être la brousse, au milieu d’une petite tribu, les capacités de vitesse à la course (pour fuir ou chasser) peuvent être déterminantes. La même capacité pour un cadre d’une multinationale installée à Zurich peut être négligeable.
Pour exercer ces capacités, nous devons avoir des croyances qui nous permettent de développer ces capacités. Pour qu’un sportif puisse réaliser une performance, il doit croire que cela est possible. Pour reprendre l’exemple de la brousse, si un guerrier se trouve face à un lion, il peut ne pas utiliser une capacité comme la vitesse à la course pour s’échapper parce qu’il estime qu’en tant que guerrier, il doit affronter le danger et ne pas fuir. Ainsi les croyances peuvent faciliter ou réprimer nos capacités et même nous amener à ne pas prendre en compte notre environnement. L’ensemble de nos croyances doit s’harmoniser en un tout cohérent, qui constitue notre identité. En effet une croyance qui ne serait pas compatible avec notre identité, serait rejetée, rejetant par là-même les capacités et les comportements qui lui sont associés.

Senseï a donc donné une réponse qui se situe au premier des niveaux logiques. Bien sûr d’autres réponses existent aux autres niveaux : Telle position des pieds permet tel type de déplacement ou de frappe (niveau des comportements), ou bien telle position des pieds favorise la souplesse, la puissance ou l’élégance de la technique (niveau des capacités), ou bien encore telle position des pieds détermine telle demarche qui montre l’appartenance à une classe de la société ou l’assurance du guerrier (niveau des croyances), ou pour terminer, un guerrier japonais ne peut se sentir bien qu’avec cette position des pieds (niveau de l’identité).
Ces différents niveaux peuvent également être vus comme un schéma d’évolution illustré par la métaphore suivante...
Cela se passait dans le Japon médiéval, où le maître d’une école de sabre très renommée appela un jour fils pour lui tenir le discourse suivant : "Mon fils, j’ai été invité à la cour du Shogun. Je vais partir avec quelques vieux compagnons. Je vais en profiter pour revoir de bons amis, quelques paysages de ma jeunesse et voyager un peu. Mon absence durera un an, peut-être plus. Il a toujours été prévu que tu reprendrais l’école lorsque je ne serais plus de ce monde, et j’ai pensé qu’il était inutile d’attendre et que tu pourrais diriger l’école pendant mon voyage. Mais, notre école a une grande réputation et avant de partir j’aimerais savoir ce que tu comptes faire pour que cette reputation perdure par delà mon départ. Prends ton temps et reviens me voir pour me présenter tes projets. Je partirai lorsque je serai rassuré à ce sujet.
Tout gonflé d’orgueil, le fils sortit de l’entretien avec plein d’idées dans la tête. L’école se trouvait sur un terrain assez étendu. Le fils le parcourut en tous sens, dormit même une nuit à la belle étoile, puis après quelques jours revint voir son père :
"Père, je sais comment augmenter encore notre réputation. Nous allons nous servir de tous les espaces inutilisés pour entraîner nos élèves à tous les environnements : nous allons créer une aire de combat en sable, une autre de rocaille, une autre de ronces,..."
"Une question, mon fils : penses-tu recréer toute la diversité de la nature, la légèreté de la rosée du matin, le bruit de la neige qui s’écrase sous ton pas, la force du vent, ..?"
La question posée avec douceur et un peu d’ironie soulignait l’aspect grandiose et inutile du projet. Le fils sortit de l’entretien soucieux et encore plus déterminé à trouver la réponse à l’interrogation du Senseï.
Il passa les jours suivants à observer les cours donnés par tous les instructeurs, assistants du Maître. Il revint quelques jours plus tard avec de nombreux papiers : "Senseï, j’ai compris que nous ne pouvions recréer la nature, mais qu’il fallait se préparer à sa diversité. J’ai donc codifié les différents situations en kata et les ai dessinées sur ces feuilles". Le Maître prit les feuilles. Il semblait s’amuser beaucoup. "Tu as toujours été un bon calligraphe et un bon dessinateur mon fils. Nous pourrions mettre ces dessins au mur, pour le cours des enfants." Les yeux du Maître, malicieux et interrogateurs, étaient posés sur le fils qui ramassait ses feuilles, pensif. Comment faire pour que l’enseignement ne soit pas figé ? Les jours suivants, notre héros les passa à discuter avec les instructeurs pour trouver des réponses. Fort de nouvelles certitudes, notre futur directeur d’école sollicita un entretien avec son père : "J’ai compris ce qui faisait la spécificité de notre école. Chacun de nos instructeurs se focalise, plus ou moins, sur la vitesse, la souplesse, la précision, la rigueur, mais tous cherchent à transmettre des qualités qui donnent de la présence dans le combat. C’est la présence du combattant que nous devons mettre en avant dans notre enseignement afin de maintenir nos performances techniques." Le Maître semblait s’amuser de plus en plus : "Alors, nos escrimeurs vont également devenir de bons acteurs de théâtre".
Le futur Maître salua profondément, confronté à son échec. Avant qu’il ne prenne congé, le Maître ajouta : "Mon fils, la notion d’échec est une perception personnelle", ce qui ajouta à la détresse de notre héros qui passa les jours suivants, désoeuvré et mélancolique, avec une question en tête : "Qu’est-ce qui est le plus important pour notre école ?" Un matin, il alla voir les plus
anciens compagnons du Maître pour leur demander de lui raconter l’histoire de l’école, la construction du Dojo, les difficultés rencontrées afin d’approcher de la quête de son Maître et père. Ce fût instructif et notre héros, du fond de ses doutes, pensa avoir trouvé la solution.
Se laissant encore une nuit de méditation, il sollicita un entretien avec le Senseï : "En écoutant vos compagnons de la première heure, je pense avoir trouvé ce que je vais faire. Le chemin de votre vie s’est construit sur la Vérité, la Justice, la Sagesse et le Courage. Je vais poursuivre dans cette Voie et faire en sorte de développer cela."
"Très bien, mon fils, le futur prend ses racines dans le passé. Mais que fais-tu du présent ?" Le sabre du Maître avait jailli de son fourreau, sans même que sa respiration ne change ou ses yeux ne cillent. D’un seul souffle, le fils avait repris la distance lui permettant d’esquiver. Face à la pointe du sabre, le fils sollicita la permission d’assister aux prochains cours donnés par le Maître. D’une inclinaison de tête, le Senseï accepta, avec une lueur malicieuse au fond des yeux. Le fils suivit les trois cours suivants, immobile en apparence, prolongeant son proper esprit dans celui de son père en action. A la fin du troisième cours, le Senseï vint vers son fils : "Je te sens prêt à me parler".
"Je vais laisser les évènements venir et agir en fonction de ce que je suis". La phrase paraissait banale en comparaison du calme et de la concentration relâchée de la posture du fils. "Je partirai dès demain, dit le père, pour mon voyage."
"Mais, ne faut-il pas plus de temps pour préparer un voyage aussi long ?" "Savoir que mon école est en de bonnes mains est le seul bagage important dont j’ai besoin pour ce voyage". Les deux hommes se saluèrent.
Il y avait maintenant deux Senseï dans la pièce.
Le lendemain, à la porte de l’école, le père et quatre de ses anciens compagnons faisaient leurs adieux. Le fils, à présent nouveau Maître de l’école, remarqua de nouveau une lueur de joie et de malice dans les yeux de son père. "Il me transmet une autre leçon, en ce moment.
"Laquelle ?" se dit-il. Les détails de la scène lui apparurent plus clairement : les cinq hommes face à lui étaient habillés différemment, ne portaient pas les même armes, avaient des postures différentes, et pourtant il se dégageait du petit groupe une impression de cohésion et de puissance. Naturellement, les cinq hommes s’étaient placés de façon à se protéger les uns les autres. Le fils comprit que le dernier entretien avec son père l’avait amené à la cohérence personnelle — faire un avec ses choix — et qu’il avait devant lui l’étape suivante de son évolution : faire un avec le groupe.
Les cinq niveaux — que sont l’environnement, les comportements, les capacités, les croyances et l’identité — sont présentés sur une pyramide, ce qui ne signifie pas qu’un niveau soit plus important que celui du dessous, mais qu’un petit changement à un niveau supérieur, (identité ou croyances) provoque de grands changements aux niveaux inférieurs (capacités, comportements). L’important est, pour chacun de nous, de trouver une cohérence entre ces cinq niveaux. La fin de l’histoire suggère qu’au-dessus du niveau de l’identité se trouvent d’autres niveaux, appelés "spirituels" et qui sont l’appartenance à une famille, à un groupe, à une patrie (ou une religion) et pour finir, à l’univers. 

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Mercredi 2 juillet 2008

Dans le film Shichinin no bushi (7 Samourais) de Akira Kurosawa, nous retrouvons différentes scènes du principe du wu wei : Kanbei le vétéran, qui fait office de chef, va recruter des bushi en vue de former un groupe pour défendre un village de paysans soumis aux raids incessants de pillards. Dans sa recherche, il est amené sur les lieux d’un duel entre Kyuzo, un maître de sabre constamment dans le perfectionnement de son art, et un rônin.

Son antagoniste, un samouraï imbu de sa personne, contestant la victoire de Kyuzo lors d’un assaut au bokken, réclame un combat définitif au katana. Obligé d’accepter sous l’insistance démesurée du rônin, Kyuzo se met en position waki no kamae, enraciné dans son centre, le visage impassible. Son adversaire à une dizaine de mètres, en jodan no kamae, s’agite en poussant des kiai. A ce moment, Kanbei déclare « l’issue est évidente ». Le rônin court en criant, le sabre haut sur Kyuzo. Au moment décisif, le sabre de Kyuzo s’abattit sur son adversaire dans l’espace et le temps nécessaire à l’action juste. Si nous analysons cette scène : d’une part, nous avons Kyuzo dont l’attitude corporelle va induire et renforcer son détachement dans le combat ; l’unité du corps et de l’esprit dans l’attente symbolise l’expression de « l’agir sans agir », l’action naturelle va intervenir sans mise en avant de l’égo au moment du contact lorsque le sabre va jaillir dans son rôle intrinsèque. A contrario, son adversaire évolue dans le monde de l’égo, de l’agitation physique et mentale, des cris, de l’instabilité….tous les indices de la défaite.
Dans le monde animal, nous retrouvons ce wei wu wei dans la nature inhérente à chaque espèce où l’égocentrisme et la conscience sont absents (à vérifier), où seule la programmation génétique de l’espèce dirige les actions principales de la vie (manger, dormir, se reproduire etc…) ; par exemple un épervier tournoie au-dessus d’un champ, repérant sa cible : un mulot. A un moment, l’oiseau va interrompre son cercle et fondre sur le mammifère manifestant ainsi une méthode de chasse de l’espèce utilisant les forces et l’habilité optimum du volatile sans interférence de l’égocentrisme. 10 kilomètres plus loin, avec des acteurs similaires, nous retrouvons un schéma identique.
Dans certains arts martiaux, ces principes sont mis en évidence à travers l’optimisation de l’humain dans le geste animal tel que la boxe du tigre, de la mante religieuse, de la grue, du singe, du dragon, du serpent etc…
La nature nous offre aussi l’enseignement du wu wei. Par exemple, la vague qui vient se briser sur le rocher n’a pas la volonté de faire une douce caresse ou une déferlante, elle obéit aux lois cosmiques pour son action, en l’occurrence le cycle lunaire. Elle s’harmonise ainsi aux lois de notre univers. Cette vague qui s’est individualisée un court instant va se détruire dans sa forme et se fondre dans l’océan, elle va se reconstituer sous une même forme avec des composants différents dans un cycle infini. O sensei Morihei Ueshiba disait « le sens profond de l’aikido, c’est de s’harmoniser avec le mouvement de l’univers et de s’unir soi-même avec l’univers » ; et il continue « l’ennemi, en essayant de se battre avec moi qui suis l’univers, essaye de rompre l’harmonie de l’univers ; à l’instant où il pense combattre avec moi, l’ennemi est déjà défait. »
C’est aussi un exemple du wei wu wei, l’action se fait dans la non-action génératrice de la transcendance de l’homme.
Le premier stade est de comprendre les mouvements de l’univers et de trouver la procédure pour « s’unir avec l’univers ».
Cela va impliquer une pensée juste, une compréhension juste, un geste juste, une action juste, avec notamment la purification du coeur, la clarté de l’esprit, la disponibilité du corps, l’application des principes qui régissent notre cosmos dans la pratique, et aussi beaucoup de courage pour suivre cette grande voie d’aiki que nous invite à suivre le vénérable fondateur O sensei Morihei Ueshiba. 


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Lundi 30 juin 2008

Depuis la nuit des temps l’Homme combat, et ceci pour différentes raisons:
* Se nourrir (prédation de l'animal)
* Suivivre vis à vis des autres hommes, possession du territoire, du clan, de la richesse, du pouvoir, d'une personne féminine ...,etc..
Cet aspect primitif de l’Homme a en partie disparu dans sa forme brute initiale, mais subsiste dans le fond.  La civilisation a apporté une normalisation du combat des humains sous la forme de guerre, avec un perfectionnement incessant des armes et des techniques de combat. Nous pouvons dire que le combat appartient à un phénomène de société, c'est-à-dire celui des humains correspondant au monde horizontal.
Le combattant est confronté à la victoire (non permanente) à la souffrance (blessure) et à la mort (disparition), l’habileté de la pratique des armes et des techniques n’impliquent pas forcément la maîtrise de l’esprit, d’autre part le développement des religions ou des méthodes de contrôle de soi vont venir influencer le guerrier.
La religion chrétienne à l’époque du Moyen-Age a marqué d’une manière importante la chevalerie et plus particulièrement les chevaliers teutoniques et les templiers. Parlons maintenant du bouddhisme, introduit en chine en 600 après j-c par le moine indien Bodhidharma. Celui-ci initialise une forme de bouddhisme qui pris son essor dans le temple de Shaolin, sous le nom de Chan (Zen) le successeur de Damo, Huiko développe le temple qui s’enrichit, les pillards attaquent cette richesse, Huiko fait alors appel à des pratiquants d’arts martiaux pour défendre les biens de Shaolin, c’est ainsi que les moines découvrant l’art martial (yang) qui associé à la méditation (yin) les firent devenir des moines guerriers redoutables.
Au Japon le bouddhisme arriva vers 700 ans après J-C venant de chine, il se répandit dans différentes écoles dont le zen. Cette forme de bouddhisme séduit le samouraï de l’époque par son dépouillement et son pragmatisme, certains guerriers avaient un maître zen comme mentor afin de mieux vivre la relation vie et mort de la condition de samouraï.
Plus tard, à l’époque Heian (794-1185), les yamabushi influencés par le bouddhisme ésotérique Tendai et Shingon développèrent un art martial associé à des rituels profonds qui donna “La voie du shugendo”.
Evoquons maintenant le taoïsme qui est la base fondamentale de nombreuses méthodologies : médecine traditionnelle chinoise, alchimie, techniques de longue vie, art de la chambre à coucher, feng shui, yi jing, arts martiaux, etc.
La spécificité des arts martiaux (externe et interne) issue du taoïsme est une racine théorique et pratique permettant l’application des lois cosmiques dans l’art martial (exemple : utilisation du qi, du principe yin/yang, etc.)
Le shintô spécifiquement japonais utilisé aussi au sein de quelques écoles d’arts martiaux met en évidence la relation hommes/kami, il est évident que cette relation ne peut devenir effective que par une pratique intense et que peu d’humains ont la possibilité de connaître cette réalité.
Parlons maintenant de l’Aïkido ; le parcours de vie du fondateur Morihei Ueshiba nous montre de manière claire le chemin à suivre, son expérience martiale à travers la maîtrise des pratiques de différents ryu, son approche spirituelle de la découverte du bouddhisme shingon mikyo dans son enfance, et du shintô Omotokyo plus tard, ont fait que son génie de création (peut-être inspiré par les kamis) a permis la naissance de l’Aïkido, manifestant le monde horizontal des humains à travers les techniques et le monde vertical des dieux par les principes. Il nous appartient de trouver notre voie et de nous construire, ne nous trompons pas de chemin, notre vie est précieuse. Il serait dommage de la gaspiller, il nous faut avoir le courage, la ténacité et la disponibilité du guerrier, avec aussi l'inspiration céleste qui peut éclairer le moine, pour nous permettre d'approcher la pleine subtilité de l'Aïkido.

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Mardi 24 juin 2008

Un très bon article de Jacques Bardet que je trouve vraiment intéressant...:
C’est devenu une forme de lieu commun que de vouloir opposer les voies orientales et occidentales .En orient le Maître décrit le but, montre ce à quoi il faut parvenir mais oublie de dire comment y arriver. Il a retiré l’échelle. A l’inverse en occident les apprentis maîtres passent leur temps à détailler les moyens, ils connaissent parfaitement l’historique del’école, mais ils en oublient la fin. Ils peuvent détailler tous les détails des barreaux de l’échelle, écrire des volumes pour approfondir les concepts, ils se perdent sur la voie et leursélèves avec eux.
Comment sortir de ce dilemme ?

N’oublions pas que ce que nous cherchons en aikido, cette simplicité ou détente ou

relâchement, est déjà présent en nous. Elle n’est pas un paradis perdu, celui du bébé qui n’avait aucune faculté de différenciation, elle est notre nature profonde. La conscience cherche la conscience, elle devient consciente d’elle-même.

Toujours revenir au relâchement c’est se situer dans le présent, dans l’ici et maintenant. Imaginons un pratiquant de longue date, ayant une connaissance approfondie de l’historique de l’aïkido, de l’ésotérisme japonais, des textes sacrés, qui vient à un cours donné par un expert et qui s’entend dire, «ta tête est de côté», «ton épaule est trop haute» ou «ton pied avance de travers». Quelle peut être sa déception ! Au lieu d’une révélation profonde sur le sens caché d’une technique le voilà ramené à une futilité. Que faire ? Repartir étudier plus profondément les textes, trouver de nouveaux concepts ? Je ne pense surtout pas qu’il faille mépriser et rejeter toute étude du contexte culturel de l’aïkido mais toujours nous devrons faire face à ce que nous vivons dans l’instant.

Les textes d’examen dan introduisent un découpage des techniques en trois temps, placement, déséquilibre et engagement final. Cette décomposition du mouvement donne l’idée qu’elle peut aider le pratiquant à construire sa technique.
Voici pourquoi je ne suis pas d’accord surtout avec la façon dont cette division est utilisée :

1 - Tout d’abord parce qu’elle rentre en contradiction avec la martialité de l’aikido. Si l’attaquant n’est pas déséquilibré dès le contact il a aussitôt une occasion de redonner un coup. Avec notre vocabulaire nous disons que la prise du centre de l’attaquant est faite dès le début de la technique et non pas dans un deuxième temps.

2 - Si elle devient un mode pédagogique cela signifie que nous donnons à voir, à mettre en évidence (pour les spectateurs mais aussi pour les adversaires) ce qui va se passer. Cela peut combler de satisfaction un public peu regardant qui «comprend» ce qui se passe, la lecture est facile, le méchant se retrouve par terre. Mais rendre lisible par tous la technique rentre en contradiction avec la nécessité que l’adversaire ne puisse pas percevoir ce qui va lui arriver. La recherche du relâchement dès le début de la pratique favorise à contrario de petits déplacements (mouvement plein dans l’espace le plus réduit possible), la simplicité de l’exécution et sa rapidité (qui n’est pas voulue en elle-même). La lecture en devient plus difficile. Il n’y a rien de caché dans la technique mais c’est l’éducation de notre perception qui doit être faite sans céder à la facilité.

3 - Ce découpage de la technique introduit le rôle d’uke, et non pas aïte, qui peut devenir le

compère d’un jeu faussé de mise en forme de la technique. Pour une part seulement de la pratique l’attaquant conduit tori (surtout quand celui-ci est débutant) pour lui faire percevoir la technique dans sa globalité (un temps toujours à la même vitesse). A d’autres moments aïte par une saisie ferme et souple permettra à tori de préciser sa technique : il ne s’agit pas de réussir à passer à tout prix mais de trouver une exécution détendue. Il n’y a pas une mais de multiples façons d’être pour aïte. Tori doit pouvoir trouver sa place, quel que soit le jeu de aïte, comme dans la vie de tous les jours. Nous ne sommes pas dans un show télévisuel où les jeux sont faits à l’avance par une organisation obéissant aux impératifs du marché.

4 - Trop souvent maintenant nous voyons lors des passages de grades ou lors des examens BF des candidats qui au lieu d’une technique reproduisent un éducatif par exemple lorsque l’attaquant vient se placer automatiquement en reprenant ses appuis plusieurs fois. Pour nous, nous dirons que la technique est la même pour le débutant et l’ancien. Seules les difficultés rencontrées diffèrent. C’est justement tout le plaisir de la recherche de faire face, dans une technique apparemment simple, à nos propres erreurs sans passer par un parcours préétabli comme c’était peut-être le cas dans les ryu anciens.

Tout nous est donné dès le début de la pratique, à nous de le saisir, voire de le voler. C’est là à mon avis ce qui fait la puissance de l’aïkido tel qu’il nous est présenté par Maître Tamura, une voie directe.

La répétition des saluts ( en tant qu’apprentissage du corps, du maaï et de l’humilité), des ukemi, les suburi , la préparation d’une façon générale et quelques éducatifs souvent repris sont un moment privilégié pour introduire dans la pratique, en particulier pour le débutant, le relâchement, le sens de la globalité et toutes les fondations (shiseï, kamae, taïsabaki…). Nous sommes déjà au coeur de la pratique.

En résumé il n’y a pas toujours contradiction entre voie directe et voie progressive.
Par Jacques Bardet paru dans Seseragi

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Samedi 21 juin 2008

 
La patience, voilà une qualité que devrait posséder bon nombre de pratiquants d'arts martiaux, que ce soit le débutant qui doit être patient dans son apprentissage car celui-ci sera long et tout ne s'apprendra pas en un jour.
Les plus anciens sont également touchés par celà car certains sont souvent impatients de passer des grades et encore et encore alors que l'essence est l'apprentissage justement dans la patience.
Funakoshi Sensei  (créateur du Karaté Shotokan et un des grands maîtres des arts martiaux) ne disait-il pas vers la fin de sa vie "je commence à sentir mon tsuki"...preuve de patience à quatre vingt ans passés...
Ce samedi, MA patience et celles de quelques autres furent mises à rude épreuve. Notre ami Arnaud et  Hélène nous avait concocté une petite séance photo "Aïkido" (shooting dans le jargon) dans un studio renommé bruxellois. Je n'avais jamais fait ce genre de choses et il faut être vraiment...patient. Le réglage des lumières dure environ vingt minutes et puis nous commençons...une heure de passée pour la...première photo. Je ne saisissais pas à quel point le métier de photographe pouvait être aussi précis. Arnaud me dira par la suite que parfois on met une journée pour...faire une photo. C'est sûr, je ne serai jamais top model ;o))).
Nous avons bien rigolé et Arnaud a vraiment de bonnes idées qui changent des photos Aïki que l'on voit sur la plupart des affiches et folders (son site :ici) , une belle équipe avec Hélène qui shoote de manière totalement professionnelle (site d'Hélène :ici). La photographie, à ce niveau, c'est vraiment de l'art.
Le résultat bientôt sur les sites du Sakura et du Suki.
Petite maxime de patience par le peintre japonais Hokusai à méditer....


« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Ecrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin. » Katsushika Hokusai, Postface aux cent vues du mont Fuji.

(JPG) 
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Lundi 16 juin 2008

Ce samedi 14 juin, notre Dojo accueillait deux « jeunes » enseignants français Jean-Marc Dessapt et Gil Pham Trong pour un stage à thème intitulé Waza Wo Migaku, ce qui peut-être traduit par polir la technique. Malgré les examens qui ont retenu les étudiants et la tenue de la Cet de la fédération qui a retenu les « gradés » ; tout cela le même jour, nous étions quand même une douzaine à fouler le tatami pour cet évènement original. Ce qui est vraiment plaisant par ailleurs, c’est le mélange des fédérations et écoles Afa, Ubea, Aikilibre représentées sur le tapis, preuve que les guerres de clans n’ont pas trop cours parmi les pratiquants. L'occasion également de rencontrer et de pratiquer avec Ivan Bel du dojo Fudoshinkan.
D’emblée, Jean-Marc nous présente le concept du stage : le polissage des techniques tel un artisan forgeant un sabre et qui, pour lui donner le plus beau des aspects et le tranchant le plus vif, utilisera des pierres à grains de plus en plus fins. Dans les stages habituels et les cours aussi d’ailleurs, nous ajoutons des éléments au mouvement afin d’accéder à la technique la plus parfaite possible. Par exemple sur Shiho Nage, on apprendra tout d’abord le sens de la technique, c'est-à-dire passer sous le bras en avançant devant l’uke, puis on insistera sur le placement de bras, des mains, le changement des angles, etc. Ici, nous prendrons une technique et nous la dégrossirons au maximum en enlevant ce qui va gêner ou perturber l’accomplissement du geste.

Après la préparation, nous débutons par les « ukemis » en particulier Mae ukemi de la façon pratiquée par Tamura Shihan et les élèves qui le suivent, le polissage se fait en enlevant tous les appuis de manière à aller au sol sans contraction musculaire. Voilà pourquoi on retire la jambe avant…Gil, en médecin spécialisé en kinésiologie et posturologie, nous décrit très bien ce qui se passe dans notre corps lors l’exécution des chutes. Nous enchaînons avec katadori ikkyo omote qui va nous occuper presque tout le cours. Que de travail et concepts pour…un mouvement, preuve vraiment de la richesse de notre art. Difficile de tout décrire (j’ai tout noté dans un de mes carnets…) mais nous avons retrouvé les placements de centre et à nouveau l’idée de « ne pas déranger le partenaire » (vue aussi avec Léo Tamaki) et pour cela effacer toutes les tensions musculaires lors du geste. Et Gil de nous décrire les gestes réflexes d’un nourrisson mettant son pouce en bouche sans y penser, geste que nous avons en nous depuis des générations et que nous allons utiliser pour éviter de « tirer » le partenaire vers soi. Nous testons cela avec un uke en posant une main sur son pectoral et l’autre en position « Men », l’aite essaye de tirer musculairement et on sent très bien la contraction des pectoraux en « à coup »; par contre le mouvement « réflexe » décrit plus haut utilisera plutôt les muscles dorsaux et se fera sans effort et façon continue comme la caresse d'une fleur..., vraiment intéressant. Autre concept expliqué : hiraku/tojiru qui est une façon très sobre et discrète d'opérer le changement de hanmi et que l’on pourrait traduire par livre ouvert/livre fermé (utilisé dans nombre d’arts martiaux). On ouvre la hanche pour refermer en revenant les pieds joints et face au partenaire, de là on exécutera la technique.

Pour encore « polir » plus loin, nous utilisons bokken et tanto pour ajuster le placement du corps en partant de l’idée que c’est la main arrière (gauche dans le sabre) qui  « pousse » et guide. Après ce travail, nous arrivons à un mouvement très fluide, continu, relâché et ne perturbant pas trop notre uke, il faudra quand même encore travailler néanmoins…
Nous enchainons ensuite sur yokomen uchi kokyu nage, basé sur hiraku/tojiru, en transperçant l’uke en avançant droit sur lui, perturbant…car le partenaire est comme balayé par notre avancée. Nous enchaînons par le même geste mais avec deux ukes attaquant l’un derrière l’autre, ce qui nous oblige à garder l’axe. Nous terminons par munadori kokyu ho en se plaçant parallèle à l’uke et en utilisant soit le tir du Kyudo ou le relâchement après la sieste (j’ai préféré le second ;o).

Déjà la fin, cela a passé si vite et pourtant nous n’avons effectué que…deux techniques, preuve que ce fût grandement intéressant. En conclusion, cet enseignement bien que n’étant encore au stade initial (je pense que c’était le premier stage de ce type avec deux intervenants) est vraiment enrichissant.

Jean-Marc et Gil (qui enseigne dans la magnifique région du lac d'Annecy) forment vraiment une belle équipe, l’un complétant l’autre à merveille dans les commentaires. Allier l’Aïkido et les mouvements décrits de façon « médicale » en expliquant ce qui se passe dans le corps, pourquoi nous faisons cela machinalement et pourquoi pas, mélanger un art traditionnel et des concepts tirés de la posturologie et la kinésiologie, voilà une méthode originale et …géniale que j’espère revoir bientôt chez nous.
Un autre article du blog sur ce sujet : ici
Quelques photos :
ici

 

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Jeudi 12 juin 2008

Soucieux d’apporter un plus lors des stages d’été pour enfants et d’insérer un peu de culture japonaise dans l’étude de l’Aïkido, notre Dojo a pris contact avec une enseignante japonaise, Madame Otama Takako, qui viendra animer (en tenue traditionnelle…) une après-midi dans notre dojo en juillet et en août. Otama Takako a été formée à l’université de Tokyo en sociologie, histoire et a également suivi une spécialisation dans l’enseignement aux enfants. A ce titre, elle dispense des cours à l’Ecole Japonaise de Bruxelles (Auderghem) depuis une dizaine d’années.
Son enfance au pays du soleil levant a été bercée par les arts martiaux, son père Takako Senseï est un expert reconnu en Kendo, il a également touché à l’Aïkido et connaît très bien Tamura Senseï.
Elle enseigne différents cursus comme la sociologie, l’histoire du japon, des cours de langue, la cuisine japonaise (ca en intéressera plus d’une et d’un…) et même pour les plus fanatiques l’étude des…mangas…
Cette petite période de cours sera basée sur des chansons en japonais pour les plus jeunes, apprendre à compter, apprendre quelques mots courants de conversation à travers de petites pièces et l’apprentissage (basique quand même) de quelques kanjis (les idéogrammes japonais pour ceux qui ne connaissent pas) et encore d’autres choses qui viendront s’ajouter après concertation.
Ce sera vraiment bien et intéressant…
S l’expérience s’avère concluante, nous pourrions étendre notre collaboration vers d’autres ateliers ? pourquoi pas cuisine et Aïkido, là j’en vois déjà qui salivent derrière leur écran ;o))

 

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Mercredi 11 juin 2008

Quand vous êtes au fond d’une vallée, l’horizon n’est pas très lointain, et votre regard a un champ assez limité. Mais si vous vous lancez dans l’ascension de la montagne, plus vous montez et plus votre regard peut se porter loin.
Il en est de même dans la découverte de l’aïkido, comme dans toute découverte d’ailleurs. Quand on débute, notre vision est assez restreinte, et il est finalement assez aisé de comprendre l’intégralité de ce que l’on perçoit (on ne parle pas des 6 premiers mois pendant lesquels, en général, on patauge allègrement...). Ensuite, plus on avance, et plus notre vision s’élargit. Nous avons alors, au fil des ans, une vision de plus en plus vaste, et malgré les progrès que nous réalisons, nous découvrons l’immensité de ce qui nous reste à découvrir. Nous progressons dans notre apprentissage à un certain rythme, mais la découverte des nouvelles choses qu’il nous faudra apprendre progresse à un rythme encore plus rapide. Ce qui pourrait être exprimé par cette phrase apparemment paradoxale qu’il faut interpréter avec prudence, et ne prendre en aucun cas comme un encouragement à la paresse : « Plus on avance et moins l’on sait ».
Les anciens disaient : « Quand vous débutez, pratiquez deux fois par semaine, c’est bien. Au bout de 10 ans, trois fois par semaine, et au bout de 40 ans, pratiquez tous les jours, même le dimanche ». On touche là le sens du « do » : un chemin qui n’a pas de fin.
Parce que la quantité de choses que nous avons à apprendre est tout simplement infinie…
Toutes ces raisons font que, plus on est gradé et plus on devrait avoir d’humilité...

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Mercredi 11 juin 2008

Un courrier du directeur du home remerciant les sponsors et les organisateurs du soutien apporté :
Bonjour,
Vous avez participé comme sponsor au stage d'Aïkido Aid organisé à Chaumont-Gistoux et je vous en remercie. En effet ce club a décidé de consacrer le bénéfice de cette matinée aux enfants hébergés au Home Reine Astrid.
Cet argent sera destiné à l'achat de diverses chaussures ( pantoufles, bottines, bottes ... ) pour les enfants hébergés. Issus de familles en grandes difficultés, beaucoup d'entre eux arrivent avec des chaussures inadaptées, voire aucune chaussure. Or à cet âge, il est important pour l'enfant d'avoir de bonnes chaussures adaptées à l'apprentissage de la marche. De plus, il n'est pas toujours facile d'utiliser les bottines usagées que nous recevons dans les nombreux dons d'habits.
Accueillant plus d'une centaine d'enfants par an, vous comprendrez aisément à quel point votre aide est la bienvenue. Si vous désirez mieux nous connaître l'ONE a consacré sur son site une page pour notre institution : http://www.one.be/act/lahulpe.htm
Vous remerciant encore de votre geste, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Marie Caby
Asbl les A
mis du Home Reine Astrid
Domaine ONE de La Hulpe
Avenue de la Reine
1 à 1310 la Hulpe

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Dimanche 1 juin 2008
Découvrir l’aïkido est une des plus belles aventures que nous puissions vivre. N’hésitons donc pas à la comparer à l’ascension de l’Everest. 8800 mètres à gravir. 1000 mètres franchis, on peut comparer à un dan de passé … en haut, le 9ème dan…ou l'objectif que vous vous êtes fixé dans votre pratique (ceux -ci peuvent varier...) Les débuts sont aisés, on progresse sur des sentiers bien balisés, en chemisette et en baskets, en devisant gaiement avec ses compagnons d’ascension, tout comme le débutant qui parle sur un tatami. Passés 1000 mètres, il faut commencer à se couvrir. Passés 2000 mètres, les baskets doivent être remplacées par des chaussures plus adaptées. Mais on est encore dans la facilité. On s’élève encore, et notre regard peut se porter plus loin. Nous découvrons avec bonheur un paysage dont nous ignorions jusqu’à l’existence quand nous étions au début du chemin. Mais les difficultés que l’on rencontre dans l’ascension vont en grandissant, on rencontre la neige, la glace, des parois abruptes.
Chacun se tait pour rentrer en lui-même et mettre toute son énergie dans l’ascension. La technique doit être maintenant plus fine, les gestes plus précis, car une erreur peut être lourde de conséquence. Notre regard peut maintenant apercevoir des sommets plus lointains. Ce paysage que l’on découvre en s’élevant, c’est la réalité physique, à savoir la technique. Plus on monte, plus l’on s’enrichit au niveau technique. Et puis un jour, notre vue ne peut plus se porter plus loin. On aperçoit la ligne de courbure de la Terre. C’est la maîtrise de la technique, qui correspond à peu près au 5ème dan. 5000 mètres. La vue est superbe. Et pourtant on n’est pas arrivés au sommet. Encore 3800 mètres d’efforts. Depuis le début de l’ascension plus l’on monte plus les difficultés augmentent. De même les délais augmentent entre chaque grade. Deux ans du 1er au 2ème dan, trois ans du 2ème au 3ème, etc. Au 5ème dan vous maîtrisez la technique (ce qui reste à démontrer…). Mais le chemin qui vous reste à parcourir est immense, car l’essentiel du travail à fournir, l’essentiel des difficultés à vaincre, n’est plus du domaine de la technique, mais du domaine de l’esprit. Et là, on rencontre les vraies difficultés.
Quand on dépasse 5000 mètres, l’oxygène se raréfie. On ne parle plus, on cherche à économiser ses mouvements. Plus de précipitation ou de gestes brusques. A partir du 6ème dan les mouvements se dépouillent de plus en plus. La technique s’épure. Les gestes deviennent de plus en plus sobres. Les mouvements se font avec le minimum d’efforts. Et puis un jour nous posons le pied sur le sommet. Mais il est une chose que nous avons apprise pendant notre ascension, c’est combien la montagne est plus forte que nous. Et nous savons que si nous sommes arrivés là, c’est au prix d’efforts personnels, certes, mais aussi parce que la montagne a été clémente avec nous et nous a acceptés. C’est la raison pour laquelle notre premier geste est un geste de remerciement et d’humilité....tout comme le premier pas sur le tatami lors du salut vers le kamiza finalement.
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