Le chat et l'âme du samourai
Dans un mouvement d’écologie, je prends quotidiennement les transports en commun pour me rendre à un travail « alimentaire » ; cela a un avantage celui de pouvoir lire un maximum et de tout (livres, revues, etc.). Un ami pratiquant m’a prêté un livre très intéressant que je viens de terminer : « L’âme du samouraï » par Thomas Cleary qui relate et analyse les écrits de deux personnages d’importance dans le monde des arts martiaux : Yagyu Munenori et Takuan Soho. Le premier était un samouraï contemporain du fameux Musashi, devenu maître d’armes du Shogun et stratège reconnu de l’art du sabre.

La tombe de Yagyu Munenori
A son grand regret semble-t-il, Musashi ne l’a jamais rencontré ni affronté. Il a écrit plusieurs ouvrages très intéressants « Le sabre de vie, les enseignements secrets de maison du Shogun », assez ardu à lire car toute cette stratégie était basée sur l’époque (début 1600) et difficile à transposer à notre époque et également « Arts Martiaux : Le livre des traditions familiales ». Les Yagyu étaient un clan vivant dans une vallée bordée de villages que l’on toujours visiter à notre époque.

La vallée Yagyu et ses théiers
Takuan Soho était un moine bouddhiste, expert également dans le combat et auteur de deux essais connus « L’insondable subtilité de la sagesse immuable » et « Réflexion sur le sabre incomparable ». Il semblerait d’ailleurs que Takuan aie influencé Musashi dans ses quêtes spirituelles (d’après « La Pierre et le Sabre » mais ceci n’est qu’un roman), il est par ailleurs certain que ce religieux a composé ces essais à l’intention de son puissant élève, Yagyu Munenori.

Le sanctuaire Yagyu
De ces ouvrages assez compliqués, Thomas Cleary a fait une synthèse et une traduction très enrichissante pour les intéressés à l’historique et à la pratique des Koryu. J’ai pris pas mal de notes car énormément de concepts peuvent être transposés dans notre étude de l’Aïkido. Je vous invite à lire cet ouvrage à mon sens essentiel dans la littérature martiale au même point que le « Gorin no sho », le fameux traité des cinq roues écrit par Myamoto Musashi.
J’ai disséqué également les deux derniers exemplaires de la revue « Dragon » avec, comme à chaque fois, de très bons articles dont une historique à suivre de ce fameux bretteur.
J’ai bien aimé cette anecdote:
Musahi était le fils de Nobutsuna, expert réputé du sabre court et du Jite et était déjà très doué pour son jeune âge.
Vois ce chat assoupi sur les dalles lui dit un jour son père. Serais-tu capable de le tuer d’un seul coup sans abimer ton katana ?
Piqué au vif, je jeune garçon descendit lentement vers la bête. Il observa l’animal endormi. Soudain, sa main droite fit mouvement vers sa tsuka. Musashi explosa dans l’action sur un kiai strident faisant jaillir la lame. Le chat, réveillé en sursaut, essaya de bondir, mais il était trop tard. Déjà, la lame était sur lui après avoir décrit une arabesque mortelle dans un bruissement de soie. Le chat s’effondra sur la dalle. Il n’avait eu aucune chance. C’est à partir de là que l’anecdote prend une autre dimension. En effet, lorsque son père s’approcha de l’animal inerte, il y chercha en vain une goutte de sang. Son fils avait rengainé et souriait. Intrigué, le père regarda de plus près ; et il découvrit avec stupéfaction que la lame avait tranché un coté de la moustache du chat, à ras du museau, et que l’animal respirait toujours, probablement évanoui de saisissement. Au regard étonné qu’il adressa à son fils, celui-ci répondit :
On ne tue pas sans motif. Je n’avais pas envie de tuer de petit chat. Même un chat errant a sa vie, qu’on ne supprime pas par plaisir. Je lui ai laissé la vie. Trancher au-delà de la moustache eut été facile mais ne m’eut rien apporté de plus.
Belle leçon….Ma prochaine lecture offerte par quelqu’un de très cher : Le sens du bonheur du philosophe indien Krishnamurti.