Présentation

Mercredi 22 août 2007

Bientôt la rentrée, certains fourbissent leurs armes d'autres préparent leur coeur (le Kokoro).
Apportons un peu de rêve avec cette belle poésie d'Emmanuelle Raymond, écrivaine de talent, aikidokate passionnée et nouvelle correspondante rencontrée dans le brouillard des blogs aikido. Bonne lecture.
Il y a de cela très longtemps, dans un pays entouré d'eau, vivait un très grand guerrier que l'on appelait, à l'époque, un Samouraï. Tout au long de sa vie, il pensait qu'il avait eu raison de se battre, mais un jour, il ne trouva plus de raison valable. Alors, il partit tout seul dans une maison, aussi près de la mer que de la montagne, et chaque soir, il saluait le coucher du soleil avec son sabre, en fendant le vent et la lumière. Les dauphins, venus des profondeurs de la mer, jaillissaient au-dessus des vagues, et dansaient près du soleil, car ils aimaient les petites étoiles que le sabre du Samouraï produisait quand il fendait la lumière.
Souvent, il restait au pied du très très vieil arbre qui se trouvait près de sa maison, en écoutant le vent passer dans le carillon qui, selon une légende ancestrale, protégeait l'âme des hommes qui savaient l'écouter. Parfois même, en buvant le thé, une boisson magique dans son pays, qui rend le coeur des hommes plus grand, il pouvait même entendre l'arbre lui raconter les histoires très simples de la Nature.
L'histoire de la jolie libellule Kinuko faisait beaucoup rire et réfléchir le Samouraï. Kinuko s'emmêlait toujours les ailes et se lamentait d'être pourvue de choses aussi emmbarrassantes.
Elle qui aurait voulu gambader librement, sauter de feuille en feuille, de fleur en fleur, on lui rappelait toujours qu'il fallait qu'elle vole.
"Comment peut-elle regretter de porter des ailes?" se demandait le samouraï."Moi qui aimerais tant voler! Mais je n'ai toujours eu que mon sabre, et il est si lourd, que des ailes se briseraient en voulant le faire s'envoler!..." L'histoire de la petite coccinelle Kuki et du papillon Kino attendrissait beaucoup le samouraï. Depuis qu'elle était sans points, c'est à dire, d'après les enfants, depuis qu'elle était un bébé, Kuki était amoureuse de Kino. Et lui, alors qu'il n'avait pas encore ses jolies ailes lui rendait son amour. Mais dans leur monde, une coccinelle et un papillon ne volent pas des mêmes ailes. Du moins était- ce ce qu'on leur disait. Eux ne parvenaient pas à le croire, ils étaient sûrs qu'un jour ils pourraient s'aimer tranquillement.
Alors, ils restaient chacun sur une fleur et se racontaient leurs histoires de la journée. Un jour, c'était évident, ils trouveraient une fleur plus grande, plus haute et plus isolée que les autres, qui pourraient enfin les accueillir tous les deux.
A force d'écouter le très vieil arbre, à force de sentir le vent et d'écouter la mer, à force de silence et de solitude aussi, le petit Samouraï avait parfois l'impression d'avoir acquis un pouvoir magique qui lui permettrait de devenir Kuki, Kino ou Kinuko; de devenir une feuille, une fleur; d'être comme le vent ou la mer. Il se sentait alors très heureux. Pourtant, une très grande lassitude emplissait toujours son coeur, et souvent, quand il se promenait, il repensait à sa vie d'avant et avait envie de pleurer. Il ne savait pas encore que très loin, là où la mer et la montagne se rejoignent, une jeune fille était accrochée à un très grand et très beau cerf-volant qui, bientôt, le rendrait très heureux.
Un jour de grand vent, alors qu'il se battait avec son sabre, et le vent, et les feuilles des arbres qui tombaient, le petit Samouraï entendit derrière lui comme des ailes qui battaient, mais ce ne pouvait pas être un oiseau, ni même plusieurs, ni même très grand.
Habitué qu'il avait toujours été à se sentir menacé, il se retourna vivement, le sabre pointé vers le grand bruit d'ailes. Et c'est là qu'il vit le cerf-volant, immense, aérien, qui dansait dans le vent, au-dessus de la mer et des montagnes, au-dessus de lui et de son sabre, que même la pointe si fine et si délicate ne parvenait pas à menacer; le cerf-volant dansait bien trop haut et bien trop loin.
"Pourquoi pointes-tu ton sabre vers mon cerf-volant?" demanda une petite voix cristalline. Pour la deuxième fois, le petit Samouraï se retourna vivement, son sabre en avant, surpris encore une fois de ne pas avoir été capable de deviner une présence avant de l'avoir vue."Ton sabre est très joli, tu sais , et tourné vers la lumière, on ne dirait même plus une arme."
La voix de la jeune fille était douce, son visage pur, et à la voir dans le vent avec ses longs cheveux noirs et ses beaux vêtements pleins de couleurs, on aurait dit qu'elle portait des ailes, et que, pareille à son cerf-volant, un rien aurait suffit à la faire s'envoler.
"Je n'ai plus l'habitude des hommes", répondit le Samouraï, "ni d'autres présences que celles de la Nature et des animaux, alors, je suis toujours surpris... "Et quand tu es surpris, tu mets ton sabre devant toi, c'est çà?" C'était tellement vrai, pensa le petit Samouraï; et dire que pendant toute sa vie, il en avait toujours été ainsi...Combien de belles surprises avait-il dû manquer, à toujours se sentir menacé et à vouloir se défendre!
"Il y a beaucoup de vent aujourd'hui", dit-elle;"Mon cerf-volant est  très heureux, alors je dois partir dans le vent avec lui. Je reviendrai demain." 
"Oui", dit simplement le petit Samouraï."Et on boira un peu de thé."
Le lendemain, la jeune fille au cerf-volant revint; le petit Samouraï lui offrit une tasse de thé, comme promis, et pour la première fois depuis bien longtemps, il ressentit le désir de parler de sa vie. Alors, il raconta les grandes batailles qu'il avait dû mener, et surtout la dernière, celle où il avait été obligé de se battre contre son meilleur ami, celle aussi où il avait remporté la victoire pour la dernière fois.
"Mais on ne se bat pas avec un ami, sinon ce n'est pas un ami", dit la jeune fille. "Il n'était pas dans le même camp que moi, il voulait envahir le territoire que les miens et moi occupions. Mais aujourd'hui, je sais bien que j'ai perdu cette bataille, parce- que je l'ai perdu, lui, et qu'en retour je n'ai eu que la gloire. Et la gloire d'un combat que l'on a gagné ne remplace jamais la vie de ceux que l'on aime."
Le petit Samouraï raconta aussi comment, toujours à cause des combats, il avait dû abandonner la femme qu'il aimait, ainsi que leur petite fille. "Quand les guerriers sont venus me chercher pour partir au combat, c'était la nuit, et il y avait tellement d'étoiles, et la lune était si lumineuse, qu'aujourd'hui encore, je me demande comment je ne me suis pas rendu compte que le vrai devoir est de ne pas abandonner ceux que l'on aime et de toujours écouter son coeur. Mon coeur n'a jamais été dans les combats, mais on m'avait toujours appris à remplir mon devoir. Et j'ai toujours cru que mon devoir était de me battre. Alors je suis parti cette nuit là, les abandonnant toutes les deux dans la nuit étoilée."
"Quand je suis revenu, continua le petit Samouraï, c'était l'hiver. Ma maison était détruite; une vieille dame aux cheveux de neige s'approcha de moi, et me dit que des samouraïs étaient venus et avaient tout détruit."
"Et ta femme, et ta petite fille?"demanda la jeune fille.
"Je ne les ai jamais revues. Je les ai attendu longtemps, dans le froid et la solitude de l'hiver. Mais elles ne sont jamais revenues. Alors j'ai compris que la guerre m'avait tout fait perdre. La guerre rend aveugle et nous éloigne toujours de notre coeur. Je suis parti ici, dans cette maison, tout seul, et j'ai écouté le monde d'un peu plus près, la Nature, le vent."Sais-tu combien les arbres peuvent raconter de belles histoires?" "Oui, je sais le pouvoir de la Nature à vous raconter pleins de belles histoires quand on sait être silencieux", répondit la jeune fille."Mais moi, c'est le vent dans mon cerf-volant qui me guide. L'autre jour, j'ai rencontré la petite tortue Otoko qui cherchait une autre maison. Elle voudrait tant être libre, pouvoir courir, se cacher partout, être légère. Je lui ai dit qu'elle avait pourtant beaucoup de chance d'avoir une maison bien à elle, attachée sur son dos pour toute sa vie; et que peut-être, en mettant une petite fenêtre, elle se sentirait mieux. Elle m'a répondu qu'elle y réfléchirait.
La jeune fille continua:
"J'ai rencontré aussi la petite grenouille Keiko, qui voulait devenir chanteuse d'opéra. Elle en avait assez de croasser du soir au matin, et du matin au soir. Alors, chaque jour, elle s'installait sur une feuille et s'entrainait à chanter. Mais une petite grenouille ne peut pas devenir une diva, sinon, elle ne serait plus une petite grenouille. Je lui ai dit que ses croassements étaient bien plus beaux que l'opéra, parce qu'ils lui étaient naturels, qu'ils sonnaient toujours juste, et qu'à sa manière, dans le monde des animaux, des arbres et des fleurs, du vent, du soleil, de la pluie et des étoiles, elle était une petite diva des eaux."
Le petit Samouraï demanda alors à la mystérieuse jeune fille de lui parler un peu de sa vie; où elle vivait, qui étaient ses parents, et toutes ces choses que l'on demande aux gens, et qui n'ont, dans le fond, aucune importance.
"Tu redeviens un humain comme les autres", lui répondit-elle;"en me voyant avec mon cerf-volant, dans le vent, en m'écoutant te parler d'Otoko et de Keiko, tu en as appris bien plus ,sur moi que si je répondais à toutes ces questions que les humains ont l'habitude de se poser entre eux quand ils ne se connaissent pas. Un jour, je m'envolerai avec mon cerf-volant, j'irai à la rencontre de ces si beaux oiseaux qui ne se posent jamais au sol, qui volent si longtemps et si loin; comme eux, je ne me poserai plus jamais sur terre; mon cerf-volant sera mes ailes."
Quand la jeune fille le quitta ce soir là, le petit Samouraï ne parvint pas à s'endormir. Il pensait au cerf-volant, comme à des ailes qui le sauveraient de ses souvenirs.
"Mon sabre me pèse tellement aujourd'hui", se dit-il."Il encombre ma vie. Même si je ne me bats plus, toujours je vois sa lame tranchante et brillante qui me rappelle la guerre. Je voudrais maintenant, enfin, pouvoir m'envoler dans le vent et les étoiles, me rapprocher de la chaleur du soleil et de la fraicheur de la lune, regarder notre terre d'un peu plus haut, pour la trouver un peu plus belle. Je partirai demain, dans le vent, avec cette si mystérieuse jeune fille..."
A l'aurore, un très grand bruit d'ailes réveilla le petit Samouraï; pour la première fois depuis bien longtemps, il sortit de sa maison sans son sabre; il n'y avait même pas pensé. Un  très grand cerf-volant était accroché aux branches du très très vieil arbre qui se trouvait près de sa maison, celui-là même qui lui avait raconté tant de jolies histoires. Alors, sans se demander ni pourquoi, ni comment le cerf-volant était arrivé dans les branches de l'arbre, des questions qui n'avaient pas d'importance, le petit Samouraï le décrocha et attendit que le vent se lève un peu plus pour pouvoir s'envoler.
A peine avait-il quitté la terre, qu'il leva les yeux vers la grande aile qui se déployait, et qu'il y reconnu le si doux et si pur visage de la si mystérieuse jeune fille au cerf-volant.      
 

par Steph publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Jeudi 16 août 2007
Le Thé n'est rien d'autre que ceci :
D'abord vous faites bouillir de l'eau,
Vous faites ensuite infuser le thé,
Et vous le buvez comme il convient,
C'est tout ce qu'il vous faut savoir.

Lorsque celui qui l'interrogeait lui faisait remarquer avec désappointement qu'il "savait déjà tout cela", le Maître répliquait :
"Eh bien, s'il est quelqu'un qui sait déjà tout cela, je serai très heureux de devenir son élève".
Cette anecdote riche d'enseignements pourrait s'appliquer très souvent à bon nombre de pratiquants de notre Aïkido, qui pensent également "savoir tout cela".
Mais au-delà de l'attitude, du mouvement et de la précision, savent-ils qu'il est plus important d'exécuter une technique avec la seule sensibilité de la perception qu'avec l'appui de muscles contractés ?
- Savent-ils qu'un mouvement, qui n'appartient déjà plus au physique, se construit pendant l'inspiration et se réalise pleinement au moment de l'expiration ?
- Que le salut, en dehors du strict cérémonial, doit être un engagement total de l'être. Que non seulement on s'incline devant un symbole qui représente le chemin à parcourir mais également, devant la succession des Maîtres qui ont transmis leur enseignement et devant soi-même !
Non pas devant le MOI égocentrique, futile et mesquin, mais devant le MOI qui cherche à se connaître sincèrement.
L'Aïkido est en effet avant tout une prise de conscience de soi-même. Aussi importe-t-il de voir ce qui "est", non pas intellectuellement mais d'une façon aussi réelle et actuelle qu'éprouver la faim ou ressentir une douleur. Chacun de nous à une image de ce qu'il croit être ou de ce qu'il voudrait être, et cette image nous empêche totalement de voir ce que nous sommes en fait.
Pour comprendre une chose, il faut vivre avec elle, l'observer, connaître tout son contenu, sa nature, sa structure, son mouvement. Et, si vous vivez avec vous-mêmes, vous avez remarqué que ce vous-mêmes n'est pas un état statique, mais une chose vivante, l'esprit doit, lui aussi être vivant et présent, sans aucune référence à notre passé et à nos souvenirs car alors l'esprit n'est plus libre.
Pour reprendre un exemple significatif, savez vous que même lorsque vous regarder un arbre en vous disant que c'est un chêne, ce mot, faisant partie des connaissances en botanique, a déjà si bien conditionné votre esprit qu'il s'interpose entre vous et votre vision de l'arbre ; pour entrer en contact avec l'arbre vous devez y appuyer la main. Le mot ne nous aidera pas à le toucher.
La réalité est en la compréhension de cela et nous nous rendons compte alors que nous ne pouvons dépendre que de nous.
Ce n'est qu'à ce moment, en tant qu'être humain vivant dans le monde et percevant la nature et la structure de nos rapports avec ce monde que notre mouvement "conscient" engendre une qualité, une certaine forme de valeur de la vie.
C'est pourquoi il est indispensable d'effectuer nos techniques avec une compréhension totale du geste et de sa signification.
Comme pour l'arbre, l'AIKIDO doit être "touché" par notre main.

par Steph publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 31 juillet 2007

Tamura Sensei disait un jour : » En Occident, pour savoir ce qu’est une fleur, vous analysez tout d’elle, vous mesurez, vous comparez ; en Orient, nous essayons de devenir cette fleur ». Ces simples et poétiques petits mots devraient à eux seuls parvenir à nous faire comprendre combien est limitée l’approche de la compétition dans les arts martiaux. Mais combien aussi, elle occupe de plus en plus de place, au point de risquer de pervertir la véritable noblesse du message de ces arts séculaires et oh combien salvateurs pour tout prétendant que chaque homme représente à accéder au plein épanouissement de son Humanité.
Aborder la compétition dans la pratique martiale et faire reposer son apprentissage sur ce précepte ne me semble pas juste et bien inapproprié, mais il peut se concevoir qu’un débutant, à plus forte raison s’il est un enfant, ait besoin de cette motivation pour se « dépasser » comme il est coutume de dire et appréhendée sur le mode ludique et exclusivement sur ce mode- ci en insistant bien sur l’importance du respect de l’autre, après tout, pourquoi pas. « Etre le plus fort » a de tout temps eu un pouvoir énergétique sur l’âme humaine qui encore aujourd’hui me laisse pantois, coit, éberlué, voire, certains jours de lassitude : médusé !!!! Mais soit, si cette perfide petite phrase peut permettre d’apprivoiser une pratique qui parfois impressionne le néophyte…Mais plus la pratique martiale s’intègre à nos réflexes, plus elle nous fait devenir fluide, mobile, plus notre corps est docile et souple, notre gestuelle accueillante et bienveillante à l’égard de nos partenaires, fine, sociable, plus cette idée d’être le plus fort devrait se dissoudre afin de laisser notre cœur grandir serein et sans obstacle. Si tel n’est pas le cas, si malgré notre pratique nous persistons à envisager notre art comme un moyen d’être mieux que l’autre, plus fort que lui, et que cela nous stimule, alors la pratique va se calquer sur ce dessein, les techniques s’appauvrir et les arts martiaux ne seront alors plus que des sports de compétition où corps, esprit et cœur ne seront plus en harmonie.
Je sens déjà les réflexions poindre le bout de leur nez, acides et rigolotes, provocantes et caustiques : » Alors les arts martiaux c’est s’asseoir en lotus et ne rien faire pour ne blesser personne???? Ce ne sont pas des arts de la guerre ??? Et faire la guerre, ce n’est pas avoir le dessus sur nos adversaires ?? » Les arts martiaux opèrent comme des vaccins pour l’humanité et c’est en cela qu’ils sont des arts du combat, des arts de la guerre, oui, et Dieu merci, employons nous du mieux que nous le pouvons pour qu’ils gardent leur phénoménale puissance dynamique. Ne pervertissons pas leur prodigieux messages. Ils ont permis, permettent et permettront encore, je le souhaite du plus fort de mon humanité naissante, de faire face à l’hostilité de nos congénères en nous donnant le pouvoir de la reconnaître justement parce que nous avons la pleine conscience de la porter en nous aussi. Nous possédons en chacun de nous une part ténébreuse et belliqueuse et l’accepter c’est nous donner le pouvoir de nous en servir pour des causes justes. Car nous sommes tous faillibles et si aujourd’hui je peux me prévaloir de ne vouloir que le bien et de m’y employer, je ne sais   quelles dispositions de cœur va m’offrir demain. Un accident de parcours est si vite arrivé ; nous ne sommes que des hommes, et faillir fait partie de notre code génétique. Qui sait si demain, parce que j’ai eu mal, parce que j’ai eu peur, je ne vais pas me mettre à attaquer mes voisins,  à leur vouloir du mal, à les menacer ??? Personne…Alors, je serais sauvé de ma violence si un pratiquant d’arts martiaux me fait comprendre que cette énergie des ténèbres, je peux la retourner de manière positive grâce à la pratique ; et en m’emmenant vers ce moi volcanique qui bouillonne, en me permettant de le reconnaître et de l’apprivoiser, en le faisant sortir de moi, c’est un peu des autres qu’il me permettra de sauver. En cela, les arts martiaux sont aussi et surtout des arts de la paix.
Tamura Sensei avait dit cela aussi, bien plus simplement, comme à son habitude. J’ai souvent considéré ses paroles comme des haîkus dont la puissance de suggestion n’a de cesse de se distiller en mon âme au fur et à mesure que les années passent. Il avait dit dans le soleil d’un petit matin de l’est, sereinement posé sur un tatami, pareil à un nénuphar à la surface de l’eau, son hakama méticuleusement disposé autour de lui comme les feuilles de cette élégante et troublante fleur d’eau, que « les techniques en aikido ne visaient pas tant à détruire son adversaire qu’à montrer à son partenaire que ce qu’il fait n’est pas le Bien. »
En m’interrogeant aujourd’hui, très modestement, sur l’essence des arts martiaux et sur le bien fondé de ne pas les fourvoyer par les obscurs desseins de la compétition, je me dis qu’ils  nous offrent la responsabilité salutaire de parvenir à absorber la puissance de destruction d’un congénère mal attentionné, puisque nous avons le pouvoir de la transformer en énergie de lumière et de la lui renvoyer comme telle afin de nous grandir l’un et l’autre. 
Inspiré d'un texte d'Emmanuelle Raymond 
 

par Steph publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Lundi 30 juillet 2007
Tragique et bouleversante destinée que celle de l’Homme. Prisonnier affolé de sa vie qu’il sait éphémère, le coeur emmêlé et écartelé par les trois espaces Temps qui déterminent la trame de son histoire, aspirant à une éternité qu’il s’épuise à rêver, il vacille au-dessus de l’abîme, petit funambule touchant et  intrépide, jouant avec le vide, curieux mais si souvent effrayé par la moindre turbulence atmosphérique de son existence, imprudent quand même pour tenter de toucher, ne serait-ce que du bout de l’âme de petits éclats scintillants d’éternité. Se jouer du Temps pour être libre, ne pas craindre la Mort pour espérer être au moins vivant au moment  ultime, c’est sans doute ce à quoi nous nous efforçons tous de parvenir avec plus ou moins d’adresse et surtout de satisfaction.

Quête improbable que le bonheur et la plénitude de l’Homme ? Humblement et sans inclination particulière pour le désespoir, je l’ai souvent pensé, convaincu que l’Art était la seule consolation possible, la seule explication plausible à notre vie ici-bas ; le seul sens probant que pouvait avoir nos existences et ce quel que soit l’Art choisi consciemment ou non. Je ne savais pas que m’attendait alors sur ce chemin si solitaire qu’est celui des mots et de la fiction, un autre Art qui a tout sublimé et illuminé de vérité, dépouillant en douceur mais avec une absolue intransigeance tout ce qui pouvait ne pas être parfaitement essentiel.
Dans le silence du Dojo, mes mots ont trouvé une place dans l’espace ; le froissement des hakamas a réveillé ceux qui s’étaient endormis, inachevés, petits prisonniers d’un intérieur un peu trop frileux ; des pieds nus sur les tatamis, s’est élevée toute la puissance du verbe juste ; au fur et à mesure des techniques, au rythme des souffles mêlés, les phrases ont éclos pareilles à de petites bulles d’air vitales au cœur d’un ballet singulier à l’harmonie céleste et aux volcaniques vibrations ; les chutes dédramatisaient le doute, faisaient taire la peur, rendaient au verbe toute sa noblesse, son élégance et son absolue virtuosité. Chuter , c’était ce vide de tous les possibles, cette élégance de la vacuité, cette puissance vertigineuse de l’ abîme dans lequel le corps basculait sans filets et ce tout que l’âme frôlait alors et qu’au prix de cette salvatrice imprudence. Armé de mon stylo, je tenais le Monde à distance pour mieux le voir, pour me préserver de ses tragédies, pour n’en prendre que la beauté, pour le transformer en une fictive réalité dont moi seul était l’auteur ; du bout du boken, je suis rentré dans le Monde, à chaque garde qui s’entrouvrait, je me frayais un chemin dans d’autres univers qui ne  me devaient pas leur existence, quand je l’ouvrais, je m’abandonnais enfin, j’acceptais d’autres énergies, d’autres regards, d’autres émotions et je les faisais miennes.
J’ai longtemps cru que l’Aïkido abolissait le Temps, longtemps pensé qu’écrire me consolait d’hier et d’un demain éperdu d’incertitudes. Je me suis trompé. Tous deux  sont dans le temps,  parfaitement dans le rythme, dans la marche du Monde. Le choix de mes mots vient du Passé, mais chaque mot qui s’écrit est porteur de Demain, et c’est dans l’acte d’écrire que je suis dans mon Présent ; chaque attaque qui arrive sur moi résulte elle aussi du Passé, simultanément à la perception que j’en ai, j’ai déjà choisi Demain, et c’est dans ce fragile instant de grâce éphémère et absolue  qu’est l’action que je suis dans un Présent plein et habité.
J’ai parfois revu sur les tatamis, l’Aube se lever sur les bords du Gange, parfois senti tout l’éclat de la neige sur Kyoto, retrouvé le bleu de Marc Chagall, le lyrisme de Hugo, le velours triste de Kawabata, la tendresse de Tagore et il m’arrive souvent de rêver qu’un jour, peut-être, je pratiquerai l’Aïkido avec, dans le corps, le cœur et l’âme, toute la puissance de Mozart, l’émotion tragique de Billy Holliday ou encore la voix d’Esther Lamandier.
Ce matin, j’ai repris mon boken, dans un jardin encore alangui de nuit et de rosée, et j’ai sabré l’air et la timide lumière. Peu à peu, le souffle se faisait plus régulier, plus calme, plus souple et le son de l’air réveillé par l’arme était autant d’arpèges qui me donnaient le courage- ou l’arrogance- de croire que la Musique de l’Aïkido résonnait encore un peu en moi…
Inspiré d'un texte d'Emmanuelle Raymond  
par Steph publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 14 juillet 2007

Ce vendredi 13 (…), j’ai eu une discussion téléphonique avec mon ami (un vrai ami) Robert, ces discussions durent toujours un temps interminable car, veritable gardien de la tradition Aïkido, il connaît moultes anciennes anecdotes sur les Maîtres d’antan.
Pour la petite histoire, c’est avec lui que nous avons envisager un temps de commercialiser des canettes du dernier souffle d’O Sensei car nous avions découvert qu’ils étaient des centaines à avoir recueilli son dernier soupir (du moins à le penser) mais ca ne s’est pas fait….
Donc, nous voilà à deviser d’un Maître dont on ne parle plus beaucoup : André Nocquet, pionnier européen de notre art.
André Nocquet est né en 1914, à Prahecq dans les Deux-Sèvres. Il a pratiqué le Ju-Jitsu dès l’âge de seize ans. En 1937, il rencontre le Maître Kawaishi, fondateur du Judo français, et obtient sa ceinture noire de Judo et de Self-Défense. Enfin, en 1949 il commence l’Aikido, sous la direction de Maître Minoru Mochizuki, puis de Maître Tadashi Abe. En 1955, il est invité au Japon en tant qu’élève à domicile (uchi-deshi) de O Sensei Ueshiba. Il revient en France en 1958, après avoir été certifié Maître d’Aikido par l’Aikido Hombu Dojo. En 1962, Maître Ueshiba lui confère le titre de représentant général de l’Aikikai en France. Décédé à l'âge de 85 ans en mars 1999, Maître André Noquet (8ième Dan) fut le serviteur d'un idéal d'universalité.
Pour l’anecdote, Robert m’a dit avoir encore une lettre de 47 pages (…) de sa plume.
Je me suis souvenu alors d’avoir lu un article sur le "regard qui tue" propre aux Maîtres ABE et NOCQUET. Je livre ces deux chroniques savoureuses à vos yeux:
Maître Nocquet dans le métro
On pouvait déjà s’estimer heureux d’arriver sain et sauf à la station Père Lachaise.
Mais on n’était pas tiré d’affaire pour autant. Il restait avant de sortir du métro un immense couloir rectiligne, qui était quasiment toujours désert à l’heure où Maître Nocquet rentrait chez lui. Le lieu idéal pour un guet-apens nous disait le Maître. Celui-ci s’engagea donc un soir dans ce couloir, avec son sac d’aïkido à la main. C’est à ce moment qu’il voit arriver en face de lui deux lascars, qui se mettent en travers de son chemin pour lui barrer le passage. Maître Nocquet, très calmement lâche alors son sac qui tombe à ses pieds, relâche ses épaules, place sa force dans le ventre, et puis, fixant ses agresseurs droit dans les yeux, leur décoche le regard qui tue hérité de maître Tadashi Abe.  Un des garçons s’adresse alors à lui, et lui demande : « Euh… pardon monsieur, vous n’auriez pas l’heure, s’il vous plaît ? » Maître Nocquet, d’un ample geste théâtral dont il avait le secret, vient mettre son poignet à la hauteur de ses yeux, regarde sa montre, et d’une voix grave et profonde leur annonce : « Il est l’heure d’aller dormir... »
Ce que nos gaillards se sont empressés d’aller faire. Le Maître reprit alors son sac et continua son chemin un sourire au coin des lèvres…
Le regard du redoutable Maître
Maître Tadashi Abe était de petite taille et avait un tempérament assez bagarreur, et c’est un euphémisme de parler ainsi…Il aimait aller le samedi soir dans les bars et tester l’efficacité de son aïkido… Tadashi Abe demandait souvent à Maître Nocquet de l’accompagner dans ces sorties, et Maître Nocquet n’avait guère d’autre choix que d’accepter. Ce qui lui valut de se faire une petite collection d’anecdotes assez cocasses. Maître Tadashi Abe avait entre autres une capacité à mettre, quand il le désirait, une puissance dans son regard qui terrorisait celui qui osait le soutenir. Maître Tadashi Abe l’utilisait mais pas pour rire… Il avait en particulier une manière de s’adresser aux personnes avec lesquelles il avait un conflit. Il s’immobilisait, fixait son protagoniste droit dans les yeux, décochant ce regard foudroyant, et d’une voix lente et sombre disait dans un mauvais Français : « Toi et moi aller tous les deux dans Bois de Vincennes. Et un seul sortira du bois. »
Personne n’a jamais voulu y aller…

par Sakura Dojo publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 12 juillet 2007

D’habitude, les posts se basent sur la pratique Aïkido mais ici, je vais me baser sur des faits extérieurs à celle-ci. Tiens ce mercredi (comme tant de lundis et mercredis), nous avons eu à nouveau la visite de ce que j’appelle la « fine fleur » du village. Vous savez, ceux qui passent leurs soirées à fumer des substances licites ou non, à boire des boissons non cocalisées, à écouter du Rap à tue-tête et à faire des rodéos motorisés sur le parking et aux alentours. Que cela se passe sur le parking à proximité, cela dérange mais bon…on a tous été jeunes… mais lorsque ces joyeux drilles se postent dans le couloir jouxtant le Dojo fumant et bravant (animal farm ?!) et perturbent le cours, cela en devient plus qu’énervant et cela démontre un irrespect total d’autrui. Je leur ai donc gentiment de ne pas rester là, je me suis fais traiter comme un malpropre (malgré mon beau kimono ;-) et ai senti la violence monter de plusieurs crans. Bon finalement, je ne suis pas rentré dans ce jeu et ca c’est un peu désamorcé. J’ai d’ailleurs été très étonné de cette réaction mais bon ce ne sont que des pauvres enfants en mal d’éducation et voulant se prouver quelque chose à coup de provocations. 
Il n’empêche, que ce serait-il passé si des coups étaient venus de leur côté. Aurais-je répliquer et en quelle mesure (je me serais aussi peut-être fait mettre ko, allongé d’un coup de lame ou succombé sous le nombre!!!)???. Le danger le plus grand étant peut-être d’utiliser des techniques qui aurait pu nuire gravement à ces préhistoriques. En venir aux mains pour cela, c’est ridicule alors qu’il y a tant de malheurs de par le monde. Logiquement, c’est plus du ressort de la Police et des autorités qu’à moi-même de faire régner un peu d’ordre mais le soir c’est morne plaine.

De là, une petite réflexion sur l’efficacité ...(en photo Shioda Sensei qui était très efficace !!!). Bien évidement un des buts de l’aïkido est l’efficacité. Mais que mettons nous derrière ce mot ? Être efficace, cela veut seulement dire atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. Et nos objectifs peuvent être multiples et variés, ce qui fait qu’il y a 1000 manières d’être efficaces : un avion qui s’écrase sur deux tours à Manhattan est efficace. Une bombe atomique qui rase une des plus grande ville du Japon est efficace. Mais le bol de riz que vous donnez à l’enfant qui a faim est efficace aussi. Le vaccin qui guérit du sida est efficace également. Il faut donc bien discerner deux types d’efficacités : d’une part l’efficacité qui détruit, et d’autre part l’efficacité qui protège la vie. Un aïkidoka, par les techniques qu’il possède a la possibilité de choisir entre ces deux types d’efficacité. Il doit donc rester vigilant sur la direction qu’il choisit de prendre, et comment il entend utiliser son potentiel. Les techniques d’aïkido peuvent être utilisées pour blesser, détruire, voir tuer et en arriver là pour une querelle basée sur le non respect est vraiment stupide.
Ce qui pourrait sauver ces perdus serait peut-être l’étude d’une voie similaire à la nôtre. En effet, la clef de voûte de l'enseignement et de l'éducation de l'Aïkido repose sur l'observation stricte d'une étiquette qui établit les bases de rapports humains fondés sur le respect de soi-même et d'autrui. Ainsi l'on fait du salut mutuel et des remerciements réciproques une habitude saine qui, par le bénéfice de la répétition quotidienne, vient remplacer efficacement toutes les velléités entre personnes et l'usage malheureusement banalisé d'injures au sein de certains groupes ou individus. C'est en quelque sorte l'apprentissage de la diplomatie, mutuellement consentie et appliquée par chaque membre du groupe.

par Sakura Dojo publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Mercredi 27 juin 2007

La chute en aïkido est riche d’enseignement. C’est un bel apprentissage de la réalité de la vie. Et elle mérite que l’on réfléchisse sur sa signification. La compréhension symbolique de la chute nous amène à acquérir une grande confiance en nous.


Le judoka chute, attire son partenaire au sol et lutte. L’aïkidoka, lui, chute sans se blesser, et se relève en utilisant l’énergie qui l’a conduit au sol pour se relever. C’est une belle leçon : la chute non seulement ne détruit pas, mais de plus contient l’énergie nécessaire pour nous relever. Dans un entraînement d’une heure, nous chutons et nous nous relevons sans cesse. Ainsi en est-il de notre vie. Vivre, c’est chuter sans cesse, et se relever, forts de ce que les chutes nous ont appris. Subir un échec n’est pas une erreur, chuter n’est pas une erreur. Ce qui est une erreur, c’est de ne pas se relever, de se laisser détruire par l’attaque. Restons centrés, protégeons-nous pendant la chute, à l’image de l’aïkidoka qui met son corps en boule quand il chute, et emmagasinons l’énergie nécessaire pour nous relever. Cette énergie est cette force vitale que nous avons en nous. Si nous sommes coupés de cette force, nous aurons bien du mal à nous relever. Mais si vous restez reliés à elle, les gens vous regardent, et disent : « C’est incroyable ! Avec tous les coups qu’il reçoit, comment fait-il pour rester debout ? » En réalité les coups que l’on vous porte vous renforcent, et vous vous relevez plus fort que vous n’étiez auparavant.
Les coups, les échecs peuvent nous retirer quelque chose, mais jamais tout. Il reste toujours tout au fond de nous cette force vitale qui est immuable, inaltérable, présente à chaque instant, indépendante des événements que nous traversons, et qui nous permet toujours, quand nous avons conscience de sa présence, de nous relever et de continuer notre chemin.
Une vie linéaire n’existe pas, ou bien est sans intérêt. La vie est vibration, sans cesse nous fait descendre et remonter. Alors cessons de nous culpabiliser ou de nous lamenter quand nous chutons. Nous sommes sur Terre pour apprendre. Chuter et nous relever font partie de notre condition humaine. Tirons les leçons de nos échecs et gardons toujours présent à l’esprit cette phrase de Maître Ioda : 
"Que la force soit avec toi!!!

par Sakura Dojo publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 21 juin 2007

Sortir de la zone de confort (post précédent), c’est aussi accepter de se remettre en question perpétuellement et de pratiquer avec d’autres professeurs et donc de participer aux…stages.
Il y a un clivage très net entre deux genres de pratiquants d’aïkido. Il y a ceux qui se contentent de suivre l’enseignement qui est donné au sein de leur club, sans jamais s’ouvrir vers l’extérieur en participant à des stages, que ce soient des stages sur un week-end ou des stages d’une semaine, qui ont lieu en général en été. Et puis il y a les autres. Attention, il n’est pas question ici de porter un jugement ou d’incriminer ceux qui ne vont pas en stage, chacun gère sa vie, chacun fait ses choix, et chacun a ses impératifs qui ne regardent que lui. En Aïkido un professeur n’est pas là pour juger, mais seulement pour donner, ce qui en soit est du bonheur pur. Parfois des élèves tiennent le raisonnement suivant : « mon professeur est excellent et me donne tout ce dont j’ai besoin, pourquoi aller en stage ? ». On peut objecter à ces personnes que s’ils ne connaissent que leur professeur, ils n’ont pas de comparaison possible, donc il leur est difficile de savoir si leur professeur est réellement excellent....


La participation à des stages, quelque soit la personne qui le dirige, vous permet de rencontrer d’autres aïkidokas, de confronter des expériences, de partager du vécu, et aussi de vous faire des amis.Cela vous donne le sentiment d’être « relié », de n’être pas isolé et de faire partie de la « famille » de l’Aïkido. C’est une formidable bouffée d’oxygène dans un monde où il est parfois difficile de respirer.

De plus, vous ne pratiquez plus avec les mêmes personnes du Dojo et sortez de vos habitudes, on se fait vite à la pratique de gens cotoyés très souvent au point de connaître exactement les réactions Tori/uke de ses partenaires et par là même anticiper le mouvement.
Un autre avantage des stages est que c’est une occasion donnée de découvrir les personnes qui pratiquent au sein même de votre club. Dans nos cités modernes les vrais dojos n’existent pratiquement plus. On pratique dans des gymnases sans âme, et à la fin des cours chacun prend sa douche et s’en retourne chez lui. Un quart d’heure après le cours la place est déserte (pas tout le temps heureusement). Comment dans ces conditions connaître ceux là même que vous côtoyez chaque semaine sur le tatami ? C’est vrai que le temps est maintenant devenu un luxe ; finie l’époque où à la fin de chaque cours on traversait la rue pour aller boire tous ensemble un pot au bistrot du coin, sauf dans les villes où les gens ne dédaignent pas de « refaire le monde » après le cours (venez essayer le Suki Dojo!). Bon, il est vrai que dans notre village, les endroits pour cela ne sont pas légion.
C’est donc en partant en stage avec quelques pratiquants de votre club que vous allez apprendre à les découvrir, à les aimer, à les apprécier. A mon humble niveau, en tant que professeur, je ne découvre jamais mieux mes élèves que dans les stages que je partage avec eux. Ce qu’il faut savoir aussi c’est que lorsqu’on a goûté à des stages, en général on y prend goût, et c’est la raison pour laquelle on retrouve à chaque fois quasiment les mêmes qui sont partants pour l’aventure. C’est ainsi que ce crée un « noyau dur » de pratiquants qui deviennent l’âme et le ciment du club. C’est à partir de ce noyau que s’installe un climat dans le Dojo, que partent les bonnes idées qui animent la vie du club : sorties, restaurants, fêtes, etc…
Un club dans lequel il fait bon vivre, on le doit avant tout aux élèves, pas au professeur. Un des buts de l’Aïkido est de nous ouvrir aux autres, donc à ce titre, la participation aux stages devrait être une évidence si l’on comprend l’essence même de l’Aïkido.
Nous avons la chance, au sein de notre fédération, de pouvoir bénéficier de l’enseignement de plusieurs professeurs de renom tout au long de l’année, ces stages sont même gratuits pour la plupart, que demandez de plus? On peut même pousser le bouchon (pour les vraiment motivés) en participant aux stages des autres groupements qui sont aussi de qualité avec des experts tels que Sugano Shihan, Christian Tissier Shihan, Endo Shihan et d’autres experts japonais (comme Kobayashi Shihan).
Un élève qui ne va pas en stage me fait penser à un poisson rouge dans un bocal…Un aïkidoka devrait être un poisson libre et heureux qui joue dans les vagues de l’océan…

par Sakura Dojo publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 14 juin 2007

Les voies martiales sont issues de traditions plusieurs fois séculaires. Intimement liées à la vie de leurs pratiquants elles ont évolué au gré de l’histoire, passant du statut de méthodes de destruction à celui de voies de réalisation. Et leurs techniques ont évoluées en même temps que leur but. Mais le plus grand changement est sans aucun doute l'état d'esprit dans lequel elles étaient pratiquées. Il est clair qu'à une époque où le seul garant de votre vie était votre habileté martiale, l'intensité des entraînements ne faisait aucun doute. Mais aujourd'hui où le risque d'une confrontation physique mortelle s'amenuise, les voies martiales sont de plus en plus considérées comme des loisirs. Les pratiquants viennent au dojo pour suer un peu, socialiser et se changer les idées. Et il n'y a rien de critiquable à cela. Du moment que cela est fait en connaissance de cause… Car il serait faux et même dangereux de croire que l'on peut atteindre autre chose qu'une efficacité toute relative, sans parler d'arriver à un éveil ou autre illumination en s'entraînant de cette manière.

Irimi nage

Si l'on veut donner un sens à la pratique il est important de sortir de la "zone de confort". Etre dans la zone de confort ne signifie pas que l'on ne se fatigue pas, que l'on ne sue pas. Etre dans la zone de confort signifie que l'on ne dépasse pas ses limites, que l'on s'écoute et que l'on reste dans l'ombre d'une pratique tiède, sans risques, sans véritables difficultés et surtout sans grand intérêt...
Le facteur physique peut sembler le plus évident mais il est loin d’être le plus important. Celui qui vient et recherche uniquement à dépasser ses limites physiques sort de la zone de confort du corps mais pas de celle de l'esprit.
Sortir de la zone de confort demande un investissement personnel important et un effort constant. Physiquement cela implique de ne pas s'écouter lorsque la fatigue ou la douleur surviennent.
Qui n'a jamais ressenti de fatigue si intense qu'elle vous donne la nausée? Qui n'a jamais été blessé ou ressenti une douleur lors d'un entraînement? Cela est presque inévitable dans la pratique des arts martiaux, à plus forte raison si elle est intense. Mais hormis une blessure grave il est généralement possible de surmonter la douleur et de finir l'entraînement. Il ne s'agit pas de continuer à pratiquer en aggravant une blessure mais d'arriver à trouver une manière de finir l'entraînement malgré elle.
L'idée n'est pas de souffrir pour souffrir, simplement d'arriver à en faire abstraction si nécessaire lorsque la situation se présente. C'est une force d'esprit qui sera utile en de nombreux cas.
Nous ne sommes plus sur des champs de bataille et il peut paraître archaïque de vouloir pratiquer ainsi. Mais il est utopique de croire que l'on peut retirer les mêmes bénéfices de la pratique que nos prédécesseurs si nos efforts ne sont pas à la hauteur des leurs.
Il existe bien sûr de nombreuses autres voies, non moins efficaces sans doute qui mènent à la réalisation avec un investissement différent. Mais si l'on espère se réaliser à travers la pratique des voies martiales il faut avoir le courage de se dépasser comme l'ont fait les grands adeptes du passé.
Sortir de la zone de confort c'est produire un effort continu. Cela veut dire aussi que la pratique ne tient pas compte de l'environnement extérieur. N'allez pas au dojo que s'il est proche de chez vous, qu'il est spacieux, agréable et qu'il fait beau!
Les premiers pratiquants en occident s'entraînaient sur de la sciure de bois recouverte d'une bâche. Et c'est encore le cas dans de nombreux pays pauvres tel Cuba. Les dojos traditionnels japonais étaient et sont encore généralement petits. Le premier dojo de maître Ueshiba à Tokyo faisait huit tatamis, moins de seize mètres carrés. Pratiquer sur des surface dures ou irrégulières et dans un espace restreint oblige à développer une attention globale, ce qui est une capacité martiale par excellence.
Sortir de la zone de confort, ou plutôt peut-être "zone d'habitude", c'est chercher à aller toujours plus loin dans sa pratique physique mais aussi technique et spirituelle. Se remettre en question, chercher à aller au-delà des apparences.L’intensité ne se traduit pas uniquement par de plus grands efforts physiques mais aussi par l’attention, la posture, l’assiduité et le sérieux dans la pratique. De nombreux pratiquants réguliers restent enfermés dans l’image qu’ils ont de la pratique. Après avoir atteint un niveau d’habileté relatif ils cessent d’absorber ce qu’offrent les enseignants. Au dojo ou en stage ils reproduisent sans cesse leurs techniques de la même manière, regardant sans voir, installés dans leur "zone de confort" mentale.

Mais jusqu'où aller? C'est évidemment une question d'appréciation personnelle mais le minimum est d'effectuer les exercices que vous demande votre enseignant car un bon professeur a généralement mieux conscience que vous de vos capacités.
Ce n’est qu’ainsi, en augmentant graduellement mais continuellement l’intensité de ses efforts, cherchant entraînements après entraînements à aller au-delà des apparences sous la direction de son enseignant que l’on peut retirer les plus grands bénéfices de la pratique d’une Voie martiale… 
 

par Sakura Dojo publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Mercredi 13 juin 2007

Dans le cercle du maître

osensei111

Bonjour,
Voici des extraits d'un livre (« Dans le cercle du maître », Susan Perry, Budo éditions) rassemblant les mémoires de personnes ayant connu O sensei (Morihei Ueshiba).

L’orsque O sensei devint vieux et qu’il sentit que son temps était venu, il parlait surtout de ce qui était important pour lui, mais les gens s’enfuyaient. Il voulait que tout le monde y ait accès, mais en parler n’apportait rien de bon. Car il parlait de la source - la chose ultime, Dieu.

Henry Kono

o_sensei_pri2

O Sensei disait qu’il fallait déjà vaincre son moi, son ego et si vous n’y parveniez pas, il ne servait  rien de venir pratiquer. De plus il disait que chacun devait rechercher la raison ou la vérité de sa propre vie. Ainsi, si vous réussissez à vaincre votre moi et que vous trouvez l’objectif réel et approprié à votre vie, la vitesse qui se trouve derrière la lumière se manifestera dans votre technique. La vérité de la victoire se trouve à l’intérieur de soi. Dès que vous avez vaincu votre moi, votre technique se réalise à la vitesse de la lumière.

Seiseki Abe


O sensei affirmait et avec une certaine emphase que la vérité que la vérité de l’aïkido pouvait  être perçue en un très bref instant. « Si vous saisissez le secret » disait-il, «  Il vous faudra trois mois pour faire ce que je fais ». Aujourd’Hui que certaines personnes s’entraînent depuis trente, quarante, voire cinquante ans, il apparaît évident qu’en aïkido ce n’est pas la durée de la pratique qui fait un O sensei. J’ai moi-même passé les trente dernières années à chercher le secret de ces trois mois.

Robert Nadeau

osensei_ciel

O sensei disait lui-même que la chose la plus importante est l’amour – l’aïkido a pour objet l’harmonie entre les êtres humains.

Nobuyoshi Tamura

La technique de O sensei était par nature la spirale et tous ses mouvements étaient exécutés en spirale d’une manière naturelle. O sensei s’unifiait toujours à l’univers; il était capable de contrôler les autres à partir de sa position de garde. C’est pourquoi, même lorsque j’étais violemment projeté, je n’avais jamais peur de la projection.

Motomichi Anno

o_sensei_ikkio

O sensei expliquait que l’aïkido n’est pas un simple système de techniques, mais plutôt une manière différente pour les hommes de vivre leur vie. L’aïkido n’a rien à voir avec la théorie et le rationalisme. L’esprit de l’aïkido est de créer une sphère chaude, un cercle chaleureux de sentiments harmonieux entre les humains afin que les hommes puissent se côtoyer en éprouvant des sentiments chaleureux les uns pour les autres.

Guji Munetaka Kuki

osensei121

O sensei n’avait aucun désir pour les biens matériels. C’était un génie qui ne percevait pas le côté ordinaire des choses.

Shingenobu Okumura

Je me rappelle de O sensei comme d’un homme d’une intégrité et d’une sincérité absolues. Il n’y avait jamais de contradiction entre ce qu’il disait et ce qu’il faisait. L a sincérité de O sensei incitait à demeurer auprès de lui.

Motomichi Anno


 

o_sensei12

par Sakura Dojo publié dans : sakuradojo
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus