Présentation

Samedi 3 novembre 2007

... ou logique d’un abandon progressif
Après l’enthousiasme des premiers cours, l’effet euphorique des premiers pas s’efface. La découverte des premières techniques annonce déjà une route longue, voire difficile. Il ne faut pas se cacher la face : la formation d’un Budoka passe par l’apprentissage et l'expérimentation durant de nombreuses années, et ceux qui ont cru aux exploits de « Miyagi Sensei », dans « Karaté Kid », propulsant un jeune néophyte au rang de champion en une saison, se mettent deux doigts dans l’œil. La route, si vous la suivez, vous mènera plus loin, plus tard. Elle est aussi semée d’embûches dont certains ne se relèveront pas. Il faudra être patient et persévérant. Vous vous découragez ?! Non, au contraire. Relativisons...
Les anciennes écoles (Dojo) accueillaient des élèves internes qui pratiquaient de manières intensives. En l’espace d’un peu plus d'un mois et ils arrivaient facilement à un quota d’heures que certains ne totaliseront à peine en une saison (2 x 1h30 x 33 semaines = 100 heures environ).
Si l’on se réfère à la progression KYU (grades ou niveaux avant les ceintures noires), le temps minimum pour accéder au shodan (1ère DAN) est d’environ 4 saisons, bien qu’il ne soit demandé pour cet examen que 10 heures de stages Dan. Il y est précisé que ces temps sont des minima réglementaires et qu’il faudra en moyenne les multiplier par 2.

Combien d’années de pratique dans cette magnifique attitude?   

Pratiquer de manière assidue
Les acquis se font progressivement, au rythme de chacun, selon d’âge, la motivation et la condition physique du pratiquant (phase 1).
La progression atteint un premier palier où l’on pourra constater une « certaine régression ». C’est une étape naturelle dans le processus de l’apprentissage. Elle correspond à une phase de « digestion » et on peut la comparer à l’adolescent qui subitement grandit d’une bonne quinzaine de centimètres et doit prendre de nouveaux repères dans un corps en pleine mutation. (Serait-ce là le support physique de la crise d’adolescence ?).
De plus, votre professeur, suivant son humeur du jour bonne ou mauvaise, vous poussera parfois au maximum dans le but de vous faire progresser et…vous n’aimez pas cela !!! Pourtant, celui-ci a du subir bien souvent la mauvaise humeur de ses Maîtres et ce même parmi les plus grands, il faut aussi relativiser cela et le prendre comme une autre manière d’enseigner, sortir de la routine douillette… « vous booster » un tantinet.
Bon ! Vous voilà en pleine crise, vous perdez vos repères, vous avez du mal à exécuter certaines techniques qui vous semblaient acquises (et c’était un leurre, d’ailleurs). En bref vous déprimez. En perdant le plaisir de la pratique et en voyant les « nouveaux » en pleine réussite de la phase 1, votre motivation s’envole et vous vous trouvez des tas de très bonnes et valables excuses vous convainquant que vous êtes contraint de sécher les cours ou que vous avez bien mieux à faire.
C’est lors de cette étape (phase 2) que beaucoup quittent les dojos, et souvent de manière définitive.
Vous avez franchi le cap et vous voilà remontant la pente qui, après coup, n’était pas si terrible (phase 3). Vous progressez et vous êtes engagé sur la voie Aïki. Le port de l’Hakama y symbolise votre engagement. Il faudra être assidu pour s’avancer vers le Shodan. Attention, il ne faut pas prendre celà comme une finalité car...ce n'est que le vrai début (Yudansha, le débutant) et puis c'est surtout votre évolution personnelle qui incombe. Certains se glorifient de grades "Dan" mais..."Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée...".

Voir toujours un peu plus loin
Si vous vous fixez des objectifs comme « arriver au niveau Shodan » ou encore « porter l’Hakama » sans voir un peu plus loin, vous aurez de grande chance d’arrêter d’être assidu une fois votre objectif atteint. Si vous vous fixez un objectif trop éloigné ou irréalisable vous aurez de grande chance de vous démotiver totalement. Si vous êtes trop pressé, votre impatience vous jouera des tours. Profitez du voyage, appréciez le temps présent, laissez-vous porter vers la prochaine étape. Le phénomène de régression peut se répéter comme de multiples vagues d’intensité de plus en plus faible. Mais leurs écumes laisseront s’échouer çà et là encore quelques démotivés.
Pour ceux qui reprennent après un arrêt conséquent, rien n’est simple. Avant tout parce que le niveau, dit niveau de rétention est plus faible. Le corps en l’absence d’exercices physiques réguliers s’est affaibli aussi. Il faut accepter d’être moins qu’avant, d’avoir été dépassé par certains que l’on a vu naître, crever l’illusion que l’on est encore alors que l’on n’est plus. En bref, plein de claques en perspective c’est dur, dur pour l’Ego.
Les phénomènes décrits sont vrais, et je vous prie de m’excuser de toutes les ressemblances avec des personnes ayant vécues ces expériences.
Pour elles, comme pour tous, une seule issue : Pratiquer de manière régulière. 
·        
Etre régulier : c’est venir toutes les semaines. 
·         Etre assidu : c’est laisser de côté les problèmes de tous les jours pendant la pratique.
Bien sur on peut rater un cours, avoir un empêchement. Seuls les empêchements réguliers porteront atteinte à votre régularité. 
Pratiquer à son rythme
Respecter sa condition physique est un premier élément si l’on veut pratiquer longtemps, mais faire en sorte que l’on accède à un rythme supérieur, c’est s’améliorer progressivement.
C’est SHIN, GI, TAI : l’Esprit, la Technique , le Corps.
Lorsqu’on est jeune Taï est fort, GI se travaille et SHIN est souvent insouciant. Vers la quarantaine un équilibre subtil s’opère, c’est peut-être la force de l’âge. En vieillissant TAI s’affaiblit, mais GI est fort et avec SHIN transcendent TAI. L’équilibre SHIN GI TAI permet de s’améliorer à tout âge. Cependant si vous commercer tard, demander conseil à votre médecin. Un test d’effort pour permettre de vous situer. N’essayer pas de vouloir rattraper le « temps perdu », soyez patient.
Expérimenter sa pratique
L’Aïkido peut être pratiquer de manière très différente selon la sensibilité du professeur. Parfois on rencontre, lors de stages, des personnes qui pratiquent un « autre Aïki » et on peut avoir du mal à s’exprimer ensemble. Pourtant ces stages sont l’occasion d’approcher de haut-gradés et de rencontrer des Aïkidokas en dehors du cocon douillet du club. Ces expériences sont enrichissantes. Votre professeur vous indiquera les stages les plus appropriés dans les premières étapes de votre progression. Un certain nombre de stages (organisés par la Fédération ) sont d’ailleurs nécessaires pour l’inscription à l’examen de grade Dan.
La proximité des clubs permet aux plus motivés de pratiquer de manière assidue et quasi-journalière. Cette possibilité est un atout permettant une 3ème voir une 4ème séance hebdomadaire. La voir comme un « joker », (se dire : je n’y vais pas ce soir, j’irai demain) est une grave erreur qui ébranle la régularité de votre « SHIN ».
Pour ceux qui n’ont la possibilité que d’une seule séance hebdomadaire, la rigueur de la régularité est indispensable car dans le cas contraire vous tenterez de maintenir un niveau qui vous échappera malgré vous. En connaissance de causes, vous êtes seuls responsables de vos choix.
Ma volonté est d’entretenir votre enthousiasme, d’accroître votre motivation. Le plaisir de la pratique est à lui seul une source d’énergie intarissable que je souhaite partager avec tous et le plus longtemps possible.
Voie de l’enseignant
L’enseignant, contrairement à l’élève n’a pas trop le choix, il doit être là et ce même s’il a choisi délibérément cette voie ; maladie, problèmes familiaux, mauvaise humeur ne peuvent l’empêcher de dispenser son maigre savoir. C’est le suivi de la voie.

par Steph publié dans : sakuradojo
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Jeudi 25 octobre 2007

Le kototama est un principe important de la pensée shintoïste. C’est un concept qui, comme celui de Ki, ne possède aucune traduction littérale dans les autres langues. En clair, le kototama est la source de toute vie et de toute création. Selon ce principe, l’univers est en réalité composé de vibrations, d’émissions d’énergie, qui se manifestent sous forme de matière, de pensée, de mouvements… C’est ce type de vibrations qui est appelé kototama, c’est-à-dire « âmes-mots ». On peut remarquer au passage que cette doctrine se rapproche un peu de la « théorie des cordes » de la physique actuelle. Selon cette pensée, la naissance de l’univers a donc été décrite d’après l’émergence de divers kototama. Dans ce système, il existe cinq sons principaux, qui sont les voyelles : A, E, I, O, U (SU).  



Le son U 
Le kototama U correspond au vide infini, c’est-à-dire ce qu’il y avait avant la création de l’univers. De ce fait, lorsque le vide se manifeste, il s’agit de la vibration U qui est émise. C’est une dimension qui n’est pas intellectuellement imaginable. En fait, lorsqu’on considère l’univers et que l’on enlève tout ce qu’il contient, alors il reste une espèce de « toile de fond », support de l’univers. C’est cette dimension qui correspond au son U. 
Le son SU 
L’univers était donc précédé du vide infini, le son U, qui précède toute création. De ce vide absolu a pourtant jailli l’univers : il s’agit alors de la manifestation du son SU. SU est le pouvoir créateur ; sans lui, le vide aurait stagné sans changer pendant toute l’éternité. C’est donc l’amorce qui a déclenché le mécanisme de création. En passant, nous avons déjà travaillé un mouvement de ken basé sur ce son avec Michel Becart qui l’avait appris de Chiba Sensei, on coupe avec le ken de différentes façons en prononçant ce son sans interruption. 
Le son I 
Le kototama I agit en étroite relation avec le kototama SU. SU est le pouvoir créateur, mais I insuffle la vie à la matière créée par SU ; c’est le pouvoir moteur de la vie. 
Le son A 
Le kototama A correspond à l’expansion de l’univers. Il est également à la source de la conscience que chaque être possède en lui. C’est le lien qui nous relie avec notre origine, et qui nous permet de comprendre que chaque être s’inscrit dans la continuité de cette expansion de l’univers. En bref, toutes nos croyances religieuses et métaphysiques sont stimulées par le son A. 
Le son E 
Le kototama E correspond à notre intelligence, c’est-à-dire notre façon de percevoir l’univers dans lequel nous vivons. De ce fait, notre capacité de discrimination, c’est-à-dire de distinguer les différents phénomènes que l’on voit autour de soi, est la manifestation du son E. 
Le son O 
Le dernier des six principaux sons, le kototama O, se manifeste par la cohésion et l’organisation des éléments constitutifs de l’univers. Les liaisons moléculaires, pour donner un exemple, sont dues à l’émission du kototama O. 


En résumé 
1. La vibration U est émise : la « toile de fond » de l’univers apparaît. 
2. La vibration SU déclenche l’apparition des éléments constitutifs de l’univers. 
3. La vibration I insuffle la vie dans la matière. 
4. La vibration A donne à chaque être créé la conscience de soi. 
5. La vibration E lui donne également l’intelligence et la perception. 
6. La vibration O permet la cohésion et la distribution de l’énergie dans les éléments constitutifs de l’univers. 
Interprétation 
D’une façon générale, la relation entre kototama et aïkido s’explique de la manière suivante : 
1. Tous les mouvements commencent dans le Hara, le centre du corps et centre de l’univers (kototama U et SU, état originel et déclenchement). 
2. Le Ki s’anime alors à partir du centre, il se met en action (kototama I, souffle de la vie). 
3. La technique commence par l’expansion d’énergie à partir de ce point (kototama A, expansion infinie). 
4. Cette extension engendre alors un mouvement spécifique des membres, qui donnera forme à la technique (kototama E, discernement). 
5. Au cours de la technique, l’attaquant et l’adversaire unissent alors leur mouvement (kototama O, cohésion), ce qui est un principe essentiel de l’aïkido. 
Voilà donc la relation que l’on peut mettre en place avec uniquement les six kototama principaux. En réalité, il en existe beaucoup plus, ceci n’est qu’un bref aperçu. 
Leur étude est assez complexe, mais on pourrait retrouver en chacun d’eux un lien étroit avec certains mouvements d’aïkido, car le Fondateur disait lui-même que « l’aïkido a été créé selon les principes du kototama ». 

par Steph publié dans : sakuradojo
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Jeudi 18 octobre 2007

Depuis quelques semaines, la coupe du monde de Rugby bat son plein chez nos voisins de l’hexagone et à vrai dire je ne suis pas vraiment friand des sports d’équipe « guidés » par l’argent et ne véhiculant pas spécialement de bonnes attitudes tels que football etc. mais je dois bien reconnaître que le rugby c’est autre chose. Il y a un autre esprit, finalement proche de celui des arts martiaux et par là-même de notre art : l’Aïkido.
Prenons le Haka des All Blacks néozélandais destiné à l’origine à porter le deuil de l’adversaire et la couleur noire des maillots (comme une certaine ceinture tiens…)
Voilà quelque chose pour intimider l’adversaire…et de très martial, je ne sais pas comment les gens d’en face peuvent supporter cette danse assez effrayante sans s’encourir, la preuve qu’ils ont quand même bien travaillé leur mental.
Nous sommes bien là dans le Seme (menacer) et le Hitchiki (intention).
Revenons au parallèle avec l’Aïkido et voyons quelques similitudes modestement observées. Le Rugby se joue toujours vers l’avant, il faut avancer sans cesse; nous rejoignons la notion d’Irimi.
A remarquer aussi les déplacements de hanches et changements de position pour éviter la charge de l’adversaire ou pour plaquer l’adversaire, nous sommes en Irimi Tenkan ou Tai Sabaki. Changements d’appui, vitesse de déplacement et placement à distance des adversaires, nous rejoignons les concepts de Maai et Deai. Sans compter sur le respect des règles, de l’arbitre et des adversaires, bel exemple de Reishiki. Le plus étonnant finalement est la notion de placement du centre, le Seika Tanden et la position du Hara, en particulier dans le botté de pénalités ou de transformation d’essai. J’ai toujours trouvé cela bizarre, les tireurs partent d’une position un peu semblable à Kiba dachi et je me suis toujours demandé pourquoi. Aujourd’hui, j’ai parcouru un article intéressant dans le journal sur Johnny Wilkinson, la star de l’équipe anglaise, célèbre pour ses coups de pied dévastateurs. On peut lire ceci : « Depuis 2001, Dave Aldred a ajouté au geste de Wilko, la position particulière des mains, rapprochées dans l’axe de son ventre et inspirée des arts martiaux japonais et chinois. Pour une histoire de transfert de poids et de centre de gravité, Wilko a gagné dix mètres dans ses coups de pieds »…il n’a pas que dans le Haka que l’on retrouve du martial….

par Steph publié dans : sakuradojo
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Vendredi 12 octobre 2007

Yamada Sensei

UKE, celui qui chute dans la pratique d'AIKIDO, par opposition à TORI qui exécute la technique, joue un rôle essentiel dans la didactique martiale en général et japonaise en particulier, tout du moins pour ce qui concerne les disciplines qui enseignent les formes de combat face à face à un adversaire. La cible n'a pas moins de valeur en KYUDO, par exemple, mais ne remplit pas les mêmes critères. Ce rôle est bien souvent méconnu ou mal compris, pour ne pas dire déconsidéré, par bon nombre de pratiquants notamment en raison de la fonction passive qu'on lui attribue injustement. Cet article se propose d'analyser ce rôle, sous tous ses aspects, et ainsi permettre au shugyo-sha d'y puiser les éléments susceptibles d'orienter son travail vers une meilleure compréhension de sa ou ses pratiques. Dans un premier temps, nous tenterons de comprendre et d'analyser les raisons qui pourraient justifier cet apparent manque d'intérêt. Puis nous aborderons les différents sens attachés à cet aspect de la pratique. Enfin, nous dégagerons quelques moyens utiles et pratiques pour améliorer notre propre technique à ce sujet.
L'un des principaux facteurs qui contribue à mésestimer le rôle d'UKE est d'ordre psychologique, notamment dans les techniques corps à corps, savoir: la peur liée à la chute.
Cette peur trouve vraisemblablement son origine dans l'inconscient attaché à l'évolution de l'espèce humaine en général et de chaque individu en particulier, lorsqu'il fait ses premiers pas. Il est communément admis, en effet, que l'espèce humaine est née le jour où un animal s'est dressé sur ses membres inférieurs pour adopter la position verticale. On peut facilement imaginer que cette mutation ne s'est pas réalisée sans douleur et il suffit d'observer, à défaut de se rappeler, les pénibles expériences du bébé lorsqu'il passe de la position couchée à la position assise, puis à quatre pattes pour finalement parvenir laborieusement, par imitation, à se dresser sur ses jambes.
Combien de chutes, de plaies, de bosses n'ont-elles pas été durement expérimentées à cette époque de la vie? Elles restent inévitablement gravées dans notre mémoire pour ne laisser subsister qu'une peur viscérale de la chute. Dès lors, l'apprentissage de la chute à un âge où tous les facteurs génétiques liés à l'une des spécificités de notre espèce se sont définitivement établis, revient à entreprendre le même processus à l'envers, ce que l'inconscient refuse d'accepter.
Il suffit, pour s'en convaincre, de relever les diverses locutions verbales utilisées dans toutes les langues pour exprimer cette peur.
Ne parle t'on pas, en effet de la chute d'un empire, d'une monarchie, d'un régime, d'un gouvernement; de la chute d'une monnaie, des cours de la bourse; de la chute de tension, de température, des cheveux; d'une chute d'eau, de neige, de pluie; de la chute du jour, 
Ne dit-on pas tomber dans les pommes, des nues, de Charybde en Scylla, sauter dans l'inconnu, etc. 
Qui n'a pas entendu sa mère lui dire: «Fais attention à ne pas tomber, tu vas te faire mal!», ou encore: «A force de faire le fou, tu vas finir par tomber!», sous-entendu «te faire mal!».
Il semble donc que la chute soit associée, dans l'inconscient collectif, à la douleur, au déclin, au manque, à une déchéance, à une perte d'équilibre physique, mental et social . Il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, que l'homme s'en défie instinctivement. Car il s'agit bien d'un défi, puisqu'en entreprenant l'apprentissage de la chute, le pratiquant va à la rencontre de l'une des peurs inscrites dans ses gènes.
Parallèlement à ces peurs liées à ce que l'on pourrait appeler l'inconscient de l'espèce, existent d'autres peurs, plus subjectives, plus personnelles. En effet, il y a un monde entre tomber tout seul , par maladresse, par faiblesse temporaire, par inadvertance, et se faire chuter (on dit plutôt se faire projeter ).
Ce monde est l'autre et la confiance relative qu'on lui accorde. Car UKE ne se limite pas à l'UKEMI (communément traduit par chute). Il y a, de fait, une part d'inconnu dans le fait de se placer dans une situation de complet abandon, physiquement et psychologiquement. En cela, on peut abonder dans le sens de ceux qui n'accordent à UKE que le seul droit de mourir. Chuter, c'est effectivement mourir un peu, ou tout du moins avoir la possibilité d'en prendre conscience et d'en accepter l'éventualité. Malheureusement, la mauvaise compréhension du rôle d'UKE, alliée à une certaine rigidité physique - que n'améliore pas les conditions de la vie moderne -, aux hiatus techniques de TORI et sa difficulté à réaliser une technique juste, n'incite pas le pratiquant à renouveler l'expérience de sa propre mort suffisamment souvent pour y trouver autre chose qu'un "mauvais moment à passer"!
On ne peut, par ailleurs, passer sous silence le rôle que peut jouer l'ego dans cette situation.
En effet, en AIKIDO, en JUDO, en KARATE-DO, UKE est celui qui «perd", par opposition à TORI qui le terrasse ou qui, du moins, tente de le faire. En effet, lorsque deux êtres, deux animaux, deux insectes, sont amenés à combattre, pour quelques raisons que ce soit: la prédominance du mâle au sein du groupe, la défense de son territoire, de ses petits, de son honneur -, ils cherchent mutuellement à se faire tomber, à faire perdre l'équilibre à l'autre, et le combat cesse, tout du moins dans le monde animal, quand l'un des deux tombe à terre. Ce système de combat prévaut encore actuellement dans le SUMO, par exemple. Dans le cadre d'un entraînement, bien souvent, la chute peut paraître dévalorisante, pour le pratiquant lui-même comme pour le spectateur néophyte. Il est certes plus gratifiant de s'entendre dire: "Dis donc, qu'est ce que tu lui as mis à ton UKE!" plutôt que: "Tu ne tiens pas debout, mon vieux!
Qu'est-ce qui t'a mis!". En fait, la réalité est tout autre, ou devrait être tout autre. En AIKI-KEN, par exemple, c'est UKE qui "domine" puisqu'il conserve le centre à chaque instant, avant, pendant et après la ou les attaques d'UCHI. Ceci constitue d'ailleurs une spécificité du travail d'AIKI aux armes, qui n'existe pas dans les autres BUDO avec armes tels que le KEN-JUTSU ou le JO-DO, par exemple. Dans les disciplines classiques, UKE est celui qui "perd". C'est l'une des raisons pour lesquelles ce rôle est normalement joué par un instructeur, voire par l'enseignant lui-même. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette notion par la suite car, bien entendu, le travail sur le tatami ne se résume à gagner ou perdre.
De ce qui précède, on peut donc déduire que la peur viscérale liée à la chute génère un certain blocage physique, ou pour le moins une réticence, en relation avec notre inconscient collectif et notre mémoire.
Mais on ne pourrait pas moins considérer que le déséquilibre soit à l'origine de cette peur. De fait, il est aux lois physiques ce que la peur est aux facteurs psychologiques, c'est à dire la cause de la chute, qu'elle soit physique, mentale ou sociale.
En effet, nous l'avons vu, l'espèce humaine est née le jour où elle s'est dressée sur ses membres inférieurs, c'est à dire qu'elle est passée d'une position parfaitement stable, que lui assurait ses quatre points d'appui, à une position de recherche perpétuelle d'équilibre – ou de constant déséquilibre - l'obligeant à développer une morphologie qui, aussi parfaite soit-elle, n'en est pas moins insuffisante pour le garantir sans risque. Le kangourou, par exemple, qui se déplace également sur ses deux membres inférieurs, dispose d'une queue, c'est à dire du troisième point d'appui qui lui assure une parfaite stabilité. L'état de perpétuel déséquilibre ou d'équilibre précaire de l'homme, qui résulte de son choix d'avoir adopté la position verticale, ne l'a peut-être pas seulement rendu instable physiquement mais également psychologiquement. En se dressant sur ses membres inférieurs, il a de facto généré une situation qui lui fait craindre à tout instant de tomber. Quel est le réflexe d'un homme n'ayant pas appris à chuter lorsqu'il tombe? Il cherche mécaniquement à mettre ses mains pour amortir sa chute, c'est à dire qu'il utilise instinctivement ses membres supérieurs.
Il ne lui vient pas naturellement à l'idée de rouler.
Il n'est donc pas moins vrai que cet état de perpétuel déséquilibre génère chez l'homme une peur inconsciente, celle de perdre l'équilibre si chèrement acquis et de tomber.
Mais la question n'est pas de savoir aujourd'hui qui de la poule ou de l'œuf est arrivé le premier, mais de mesurer à quel point la chute n'est pas inscrite dans les gènes de la nature humaine. De ce fait, l'homme n'est pas naturellement disposé à en faire l'expérience ou l'apprentissage.
Le deuxième facteur qui contribue à déconsidérer le rôle d'UKE est d'ordre physique et physiologique .
En effet, qui peut prétendre chuter par ou avec plaisir? La chute, même "maîtrisée", reste douloureuse, et ne manque pas de laisser des séquelles irréversibles au corps, dont la fameuse "touche de piano". De ce point de vue, le fait d'aborder la chute à un âge où le corps n'est pas encore musculairement formé, c'est à dire avant 25 ans en moyenne, peut présenter un avantage certain. Il n'est donc pas étonnant que la propension à chuter diminue proportionnellement à l'âge. Mais fort heureusement , nous le verrons par la suite, la chute n'est qu'un aspect de la notion d'UKE, certes le plus éprouvant physiquement.
En revanche et paradoxalement, la chute aide à façonner le corps nécessaire à la réalisation de la technique suivant les critères biomécaniques propres à l'AIKIDO. On pourrait même dire qu'il constitue le seul entraînement à sa disposition pour éduquer les muscles, tendons et autres ligaments indispensables. La préparation des débuts de cours n'y suffit pas, aussi complète soit-elle, tout juste permet-elle d'éviter des raideurs inutiles, un peu comme on s'étire le matin au réveil pour stimuler le corps.
D'autre part, il est nécessaire de disposer de ses pleines capacités physiques pour espérer réaliser une chute sans trop de dommages. Des douleurs chroniques, notamment au niveau de la colonne vertébrale, ou des malformations congénitales peuvent handicaper le pratiquant dans la réalisation de la technique d'UKEMI proprement dite, et ce indépendamment des facteurs psychologiques qui y sont immanquablement associés.
De même, les chevilles jouent un rôle fondamental dans la chute puisque le principe de base de l'UKEMI est de réduire au maximum sa hauteur par rapport au sol avant de "tomber". En biomécanique, cette fonction est assurée par les chevilles. La position "assise accroupie" chère au monde oriental et moyen-oriental, ainsi qu'aux cow-boys devant le feu de camp en rase campagne, permet de s'assurer que les chevilles possèdent la souplesse nécessaire.
Enfin, la chute est étroitement liée au souffle et il semble difficile de ne pas soutenir que tomber est plus épuisant que projeter. A plus d'un titre, la chute peut s'apparenter à une course de fond et parfois, en raison du rythme imposé par TORI, à une course de vitesse. De fait, le cœur et le système pulmonaire sont grandement sollicités et requièrent une bonne constitution. De surcroît, beaucoup de pratiquants dissocient la chute et la remise sur pieds en position verticale. Ils tombent d'abord et se relèvent ensuite. Ils n'utilisent donc pas la dynamique de leur chute pour se relever, ce qui nécessite plus d'efforts de leur part et contribue à les essouffler davantage.
Ainsi, à son corps défendant, si l'on peut dire, l'homme n'est naturellement pas disposé à tomber. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait quelques réticences à en faire l'apprentissage. Pourtant, c'est en maîtrisant, autant que faire se peut, sa propre chute, c'est à dire son propre déséquilibre, qu'il parviendra à reconnaître et contrôler cette peur viscérale et à utiliser la loi de la gravitation indispensable à la réalisation de la technique martiale.
En effet, comment pourrait-on espérer déséquilibrer un adversaire si l'on n'a pas soi-même expérimenté les lois de l'équilibre sur son propre corps? Or, le principe de base des techniques d'AIKIDO ou de JUDO vise à utiliser la dynamique - l'énergie - d'une attaque pour entraîner l'adversaire dans son propre déséquilibre. L'on pourrait donc dire que l'apprentissage de la chute par UKE est à la recherche d'équilibre ce que l'apprentissage de la technique par TORI est à la recherche du déséquilibre. Ces deux aspects de la pratique semblent donc indissociablement liés, comme le positif et le négatif, le ying et le yang. Et ce n'est qu'à cette condition qu'AIKI pourra se manifester.
Il est intéressant de constater, à ce sujet, que par un juste partage des rôles, la moitié du temps passée à la pratique est consacrée à jouer celui d'UKE et que la moitié – environ et dans des conditions idéales - de cette part à faire UKEMI.
Or, force est de constater que l'apprentissage du rôle d'UKE se limite bien souvent à la seule chute, au seul UKEMI, c'est à dire "comment tomber sans se faire mal", et se résume à la chute avant, arrière et parfois latérale. Ceci équivaut à limiter l'apprentissage de l'écriture à: "comment tenir son stylo", ou l'apprentissage de la natation à: "comment ne pas boire la tasse". Non pas que ce soit inutile, loin s'en faut, c'est même indispensable mais insuffisant pour écrire ou nager. Les nombreux ouvrages relatifs à l'AIKIDO traitent des chutes de façon par trop laconique et pour la plupart ignorent totalement le rôle d'UKE.
Aussi, nous encourageons le pratiquant à chuter aussi longtemps que son corps le lui permet et à ne jamais interrompre cette douloureuse, mais ô combien instructive, négociation avec l'élément "terre".
Mais le concept d'UKE va au-delà de l'apprentissage de la chute qui n'est, pour UKE comme pour TORI, qu'une part du mouvement, sa fin, son dénouement, son apothéose, comme l'orgasme l'est au coït. Et chacun s'accorde d'ailleurs à penser qu'il en constitue le meilleur moment: pour TORI la satisfaction du résultat obtenu, pour UKE celle de s'être relevé et pour les deux celle de pouvoir recommencer. Mais à ce niveau également, ce moment si exaltant dépendra de la "mise en place", des "préliminaires" en quelque sorte, et pour UKE de sa capacité à tenir, car beaucoup reste des "éjaculateurs précoces".
En AIKIDO, il ne peut en effet y avoir de chute sans attaque et ce rôle revient de fait à UKE. Hélas, bien souvent, par peur ou par ignorance, l'attaque est rarement ce qu'elle devrait être et le pratiquant se retrouve aussi gauche dans son attaque qu'un enfant sur un terrain de foot quand il reçoit le ballon qu'il n'a pas demandé: il s'en débarrasse.
En AIKIDO, la saisie est le moyen éducatif mis à la disposition du pratiquant pour lui permettre d'apprendre et comprendre physiquement, intellectuellement et émotionnellement les principes qui sous-tendent sa pratique et qui constituent, à proprement parler, l'essence de cet art martial. Physiquement parce qu'il est tenu ou qu'il tient - selon qu'il est TORI ou UKE -, intellectuellement parce qu'il doit reconnaître et ordonner, au travers de cette saisie, les lois et principes à mettre en place pour s'en défaire ou la maintenir, et émotionnellement parce qu'elle représente, en finalité, une attaque censée l'abattre. C'est à ce niveau que se situe la principale ambiguïté de la pratique d'AIKIDO. En effet, la saisie n'est pas une attaque en soi, mais un simulacre d'attaque. Martialement parlant, elle ne saurait, tout au plus, que s'apparenter à une menace dissuasive, voire une tentative de contrôle, ou n'être que le prélude d'une attaque plus définitive, telle un atemi, un coup de boule, ou autres. Cependant, une attaque, quelle qu'elle soit: saisie, coup de poings, de pieds, de bâtons, de couteaux, flèche, balle, missile, est toujours constituée d'une direction, d'une dynamique – force, vitesse ou énergie suivant la conception qu'on en a – et d'une distance. Dans la terminologie martiale, ce concept est appelé MA-AI: l'espace-temps. Qu'on lance un missile ou un coup de poing, l'objectif à atteindre nécessite la mise en oeuvre de ces trois facteurs.
Le résultat, bien entendu, dépendra des capacités de destruction de l'arme utilisée.
Mais, curieusement, plus elle sera destructrice, plus ses effets seront difficilement contrôlables. Bien souvent, les moyens mis en œuvre sont disproportionnés par rapport à l'objectif à atteindre. Ce constat s'applique aussi bien à la dernière guerre en Irak, qui a laissé l'impression "d'un éléphant pour écraser une souris", qu'à une coupe au sabre ou la saisie d'un poignet.
Il paraît donc indispensable, pour tenter de comprendre le rôle d'UKE à ce niveau, de ne pas envisager la saisie comme une attaque au sens réel du terme, mais plutôt comme ce que l'esquisse est au peintre, l'épure à l'architecte, la trame au tisserand. Elle est le schéma, le linéament, l'ébauche avec lequel l'artisan-pratiquant pourra, à l'aide des outils que l'AIKIDO met à sa disposition, travailler et donner forme au mouvement, l'améliorer, l'ajuster sans cesse. Plus l'ébauche sera grossière, plus ardue sera la tâche de TORI pour parvenir au produit fini. A contrario, plus l'ébauche s'en rapprochera, plus le travail de TORI s'en trouvera facilité, meilleure et plus rapide sera sa compréhension du mouvement juste et de son exécution. Que l'on se rassure cependant, la didactique de l'AIKIDO comporte dans son curriculum des attaques qui tentent de se rapprocher, autant que faire se peut, de la réalité, savoir: shomen, yokomen, tsuki et les attaques avec armes, pour les plus courants. Mais également à ce niveau, il existe un monde entre une attaque sur le tatami et une attaque "réelle", c'est à dire une attaque qui menace réellement notre vie et qui laisse entrevoir sa possible fin. Personne ne souhaite, d'ailleurs, vivre une telle expérience, à moins d'avoir un tempérament suicidaire.
Il est ridicule, quelque part, de croire le contraire, tant au niveau d'UKE que de TORI. Personne ne vient dans le dojo pour tuer quiconque, même si la pratique impose d'y croire. N'en déplaise aux nostalgiques, il n'existe aucune tolérance de perte dans un dojo, comme cela a pu exister dans les RYU à une époque où il s'agissait d'apprendre le métier des armes. Dans le cas contraire, son auteur serait traduit devant les tribunaux et inculpé d'homicide volontaire ou involontaire. Il pourra toujours plaider qu'il pratique les arts martiaux et convaincre les jurés que cette étude comporte une part de risques!
Avant d'envisager quelques suggestions utiles et pratiques pour améliorer notre compréhension du rôle d'UKE, il n'est pas inutile de dégager les quelques idées développées jusqu'à présent: 
De son choix d'avoir adopté la position verticale au cours de son évolution, l'homme n'est pas prédisposé à faire l'apprentissage de sa propre chute en raison des facteurs psychophysiologiques qui y sont, consciemment ou inconsciemment, rattachés et notamment la perte d'équilibre. 
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L'apprentissage de la chute permet d'entrer dans des peurs viscérales liées à notre nature humaine et de former physiologiquement le corps nécessaire à l'exécution des techniques d'AIKIDO. 
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La chute, même "maîtrisée", reste douloureuse et éprouvante. 
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UKE ne se limite pas au seul UKEMI. Il est à la recherche d'équilibre ce que l'apprentissage de la technique par TORI est au déséquilibre. 
- La
 saisie n'est pas une attaque au sens réel. Elle est son ébauche. 
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Elle est le moyen éducatif mis à la disposition du pratiquant (UKE et TORI) pour lui permettre d'apprendre et comprendre physiquement, intellectuellement et émotionnellement les principes qui sous-tendent sa pratique. 
-
Dans le cadre du dojo, une attaque n'est pas portée dans le but d'attenter à la vie de TORI ou de lui nuire, même si la pratique impose d'y croire.  

La question reste donc de savoir comment UKE doit se comporter pour remplir son rôle.
Mais peut-être conviendrait-il, dans un premier temps, de préciser quel est ce rôle?
A plus d'un titre, UKE doit se comporter comme un père avec son enfant. C'est d'ailleurs la principale raison pour laquelle ce rôle devrait être joué par un avancé, c'est à dire un pratiquant parvenu à maturité. C'est une situation avérée dans les BUDO classiques qui utilisent des armes. En effet, on ne manipule pas une arme, même en bois, comme une saisie ou une main.
Dans la plupart des traditions orientales, la vie humaine se déroule par période de 7 ans. Un dicton japonais recommande d'ailleurs: "Jusqu'à 7 ans, sert ton enfant comme un prince, après sert-en comme d'un esclave.".
Ceux qui ont la chance d'avoir éduqué leur(s) enfant(s) comprendront facilement de quoi il s'agit. Durant le difficile passage de la position assise à la position verticale, l'enfant a besoin de ses parents. C'est donc leur rôle de l'assister tout au long de cet apprentissage. Dans un premier temps, ils l'aident à se tenir debout en lui tendant des bras accueillants pour l'inciter à se lever et le rassurer, prennent garde à réduire ses chutes au maximum ou pour le moins s'assurent qu'il ne risque pas de se faire mal ou "trop" mal, car ils savent que les chutes et les bosses gardent une valeur éducative. Puis, quand il parvient fébrilement à se tenir debout, en s'agrippant à eux ou aux meubles, ils l'aident patiemment à faire ses premiers pas en lui prêtant leurs doigts, s'harmonisent à son rythme, calquent leurs pas sur les siens, en un mot consacrent le temps nécessaire au bon déroulement de cette expérience unique dans les meilleures conditions possibles. Ensuite, quand il s'aventure à abandonner cette protection rassurante en lâchant une main, puis l'autre, pour se lancer seul sur ses deux jambes de ses pas hésitants et instables, ils l'accompagnent, prêts à intervenir au
moindre déséquilibre, à le soutenir en cas de défaillance et ne manquent jamais de l'encourager par des paroles réconfortantes. Enfin, il marche . Puis il court, il saute des marches, une, puis deux. Après viennent les patins à roulettes, le vélo, le foot et tant d'autres choses que les parents ne manqueront pas de s'enthousiasmer à lui montrer, et ce durant sept années.
Mais que sont, au juste, 7 années de la vie d'un AIKIDOKA? A ce niveau également subsiste une certaine ambiguïté. Sept années à raison de deux cours de deux heures par semaine sont une chose, sept années à raison d'un cours de deux heures par jour une autre chose. Dans le premier cas, elles représentent environ 1450 heures, dans le second plus de 5000 heures, soit 3 fois plus. En matière d'aéronautique, par exemple, seul est pris en compte le nombre d'heures de vol pour déterminer les aptitudes d'un pilote. En AIKIDO, cette imprécision est à l'origine de multiples méprises sur la qualité, les aptitudes et la valeur des uns et des autres.
En général, les pratiquants mettent plus volontiers en avant leur nombre d'années de pratique et restent discret sur leurs heures de vol. Mais peut-on normaliser cette situation? La meilleure formule consisterait à se calquer sur la pratique des UCHI-DESHI de O'SENSEI.
Lorsque Maître TAMURA est arrivé en , il avait environ 12 années d'ancienneté…, mais combien d'heures de pratique?
La seule raison pour laquelle nous mettons cette ambiguïté en évidence est de permettre au pratiquant de réaliser que les 7 premières années de la vie d'un aïkido-ka sont à mesurer en heures plus qu'en années de pratique et ainsi comprendre que la première enfance peut durer beaucoup plus longtemps pour une grande majorité de pratiquants. Autrement dit, UKE devra conserver à leur égard les mêmes prédispositions qu'un père pour son enfant. Dans l'échelle de mesure proposée ci-dessus, la fin de la première période de 7 années pourrait correspondre au grade de YONDAN, censé sanctionner la fin de l'apprentissage de la technique. Le pratiquant parvenu à ce stade en a fait le tour - en long, en large et en travers -, il est rompu à toutes ses spécificités, comme le pianiste possède la technicité des 10 doigts et du pédalier de son piano. Il est capable de jouer sans difficulté les grandes pièces du répertoire. Il peut désormais commencer à interpréter la musique, mais il ne possède pas encore SA musique.
Dès lors, à quoi bon tenir dur ou fort, à quoi bon tester quand le partenaire ne sait pas encore marcher seul? Que penserions-nous d'un père qui considérerait que son enfant sait marcher à partir du moment où il se tient debout, qui déciderait donc de ne pas lui offrir ses doigts mais lui saisirait la main, lui imposerait son rythme, ses enjambées, le réprimandait s'il ne suit pas? Il est fort à parier que cet enfant ne devienne un attardé.
En reprenant le parallèle entre le pratiquant d'AIKIDO et l'enfant durant les 7 premières années de sa vie, on pourrait considérer que la position debout correspond à l'apprentissage de l'UKEMI et la marche à celui de la technique, aussi bien en tant que TORI qu'UKE puisque, comme nous l'avons vu, ces deux aspects sont indissociables de la pratique.
Une autre incompréhension du rôle d'UKE réside dans le fait que, dans la plupart des cas, UKE ne sait pas plus marcher que TORI, ou à peine mieux, voire moins. En revanche et paradoxalement, du fait qu'il lui appartient d'attaquer, il a loisir de fausser le jeu en n'offrant pas à TORI la saisie dont il a besoin pour comprendre et réaliser la technique.
On a trop disserté à propos de la "complaisance" d'UKE. Beaucoup, trop nombreux, considère en effet qu'ils n'ont pas de raisons de chuter si le mouvement exécuté ne les y oblige pas, ne les y entraîne pas. Ils sont ce qu'on pourrait appeler les absolutistes, les: "Christ, puisque tu es Christ, descends donc de ta croix!", ou autrement dit "Puisque tu dois me faire chuter, montre-moi que tu en es capable!". Si l'on veut bien considérer, pour les besoins de la démonstration, que ce comportement soit dicté par des soucis d'ordre pédagogique, il peut sembler utopique d'attendre de la part d'un pratiquant qui ne sait pas encore marcher seul, ou à peine, qu'il réalise un mouvement imparable, ou gagne les 100 mètres aux jeux olympiques! Il n'est pas moins présomptueux d'exiger que TORI marche quand on se tient à peine debout soi-même. Bien souvent, cette attitude n'est dictée que par le souci de se ménager car, comme nous l'avons vu, la chute, même "maîtrisée", reste pénible et douloureuse. Aussi, sous prétexte de ne pas être complaisant avec TORI, on finit par être complaisant envers soi-même. Dans bien des cas, malheureusement, il s'agit plus d'une manifestation de l'ego que d'une véritable vocation pédagogique, dans ce sens où contrarier la réalisation de la technique permet de se rassurer sur sa propre incapacité à la réaliser soi-même. Ils pensent: "Je n'y parviens pas, mais il n'y parvient pas non plus!… et je ne fais rien qui puisse lui permettre d'y parvenir.". Ce comportement, quelque peu stérile, empoisonne littéralement la pratique sur les tatamis. En effet, il s'apparente à une ingérence du rôle d'UKE sur celui de TORI: c'est exiger de lui qu'il fasse correctement sa part de travail pour accepter de faire la sienne. Or, il entre dans le rôle et la fonction d'UKE de faire le premier pas en créant les conditions favorables, en proposant l'ébauche la plus affinée. En effet, pour aider son enfant à marcher, on ne lui fait pas traverser un champ de mines, on ne sème pas d'obstacles son parcours, on ne leste pas ses pieds avec des chaussures en plomb. Bien au contraire, on dégage le terrain, on éloigne les obstacles et on lui enfile des chaussures adaptées à la marche . Par ailleurs et de surcroît, ils se privent eux-mêmes de la part de pratique dont leur corps a besoin pour se former: refuser de tomber est une chute définitivement perdue. N'est-ce pas en forgeant que l'on devient forgeron? Dès lors, il appartient à UKE de faire consciencieusement son travail et à TORI le sien, indépendamment mais ensemble. Cette notion s'appelle: AWASE.
En y regardant de plus près, cette dernière proposition peut paraître foncièrement égoïste. Elle l'est effectivement. "Connais-toi toi-même et tu connaîtras les autres." pourrait donc se traduire en termes de pratique AIKIDO: "Connais la chute et tu connaîtras le mouvement". Il importe donc peu pour UKE, quelque part, que TORI parvienne ou non à réaliser la technique juste, pourvu que son embryon de mouvement lui permette de chuter et d'apprendre à son corps les lois de l'équilibre et du déséquilibre.
Les pratiquants qui comptent un certain nombre d'années d'expérience savent combien il est difficile de réaliser une technique sur un débutant qui n'a que quelques heures de pratique. A contrario, il n'est pas moins difficile et instructif de parvenir à chuter, c'est à dire à faire en sorte que la technique s'approche au plus près de ce qu'elle devrait être, avec quelqu'un qui ne possède pas encore toutes les clés lui permettant de la réaliser correctement.
Mais toutes ces digressions ne disent pas ce que doit être une saisie. Tout au plus, les quelques idées développées ci-dessus ont-elles permis de mieux cerner quel devrait être le rôle d'UKE. Une saisie doit-elle être dure, molle, puissante, forte, solide, souple, rapide, énergique, passive? En fait, la question n'est pas là. Si l'enseignant demande un travail KOTAI, elle sera puissante et solide. S'il demande JUTAI, elle sera souple et énergique. Dans tous les cas et durant toutes les tentatives de TORI pour réaliser la technique, UKE doit, autant que faire se peut - à l'impossible nul n'est "tenu" - et dans les limites de la biomécanique s'entend, maintenir sa saisie et ne pas contrarier le mouvement, même s'il n'est pas "juste", pour ne lâcher qu'au moment où il est entraîné dans sa chute et finalement se relever. Si TORI travaille avec ses bras, UKE reproduit son mouvement avec les siens. S'il pousse, il recule; s'il tire, il avance, etc… UKE doit, en quelque sorte, devenir le miroir de TORI, devenir ce que la photo est au négatif: son révélateur. Idéalement, il doit reproduire le résultat et les effets réels du mouvement de TORI, un peu comme le sketch des 2 clowns avec le miroir cassé. Ce n'est qu'ainsi que TORI parviendra à voir et comprendre ce qu'il fait et qu'UKE développera la souplesse du corps et de l'esprit indispensable à la compréhension des principes de l'AIKIDO.
Ces quelques suggestions n'ont pas la prétention d'épuiser le sujet, ni d'apporter de solutions miracles. Le rôle d'UKE s'expérimente et s'affine sur le tatami avant tout. Notre souhait est qu'elles apportent une contribution, un éclairage à cet autre aspect de la pratique, trop souvent déconsidéré. Cet article est une tentative d'engager les pratiquants à communiquer et élaborer ensemble ce dialogue à deux inconnus : FAIRE DE DEUX: UN.
Pour y parvenir, il est indispensable de connaître et posséder le rôle de chacun d'eux. Pour conclure, nous rappellerons qu'UKE dérive du verbe UKERU qui signifie: RECEVOIR. Mais pour recevoir, il faut donner. UKE, par sa saisie, son attaque, doit faire le don de son énergie, son corps, sa compréhension, sa disponibilité, son expérience (aussi infime soit-elle), sa sensibilité et met symboliquement sa vie entre les mains de TORI pour lui permettre de réaliser AIKI, l'UNITÉ. Mais le pratiquant ne pourra espérer atteindre le TAO que s'il accepte d'explorer ces 2 éléments indissociables de la pratique: TORI et UKE, qui composent et constituent la technique de l'AIKIDO. 

par Steph publié dans : sakuradojo
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Mercredi 10 octobre 2007

Il va sans dire que les êtres humains, les animaux et la nature vivent parce qu’ils respirent. Les êtres vivants inspirent l’oxygène de l’atmosphère et expirent le gaz carbonique de leur système. En aïkido, cette respiration se fait en trois temps, l’inspiration, l’expiration et une phase en apnée ou en suspension plus ou moins prolongée de la respiration. Cette méthode, en trois temps, a une forte incidence sur le pouvoir de concentration de l’individu. La manière de respirer affecte aussi le degré de fatigue éprouvée à l’effort.
Respirer superficiellement ou profondément, retenir son souffle momentanément ou longuement, dépendra de l’effort à fournir pour exécuter un mouvement. Lors de l’exécution d’une technique, de façon générale, il y a l’inspiration avant de l’exécuter, la phase en apnée lors de son exécution proprement dite et l’expiration subséquente lors de sa conclusion. La tentative de concentrer toute votre puissance sur un point lors de l’exécution d’une technique tout en effectuant une respiration équivaut à faire deux actions en même temps. Il en résultera un affaiblissement de votre pouvoir de concentration. Il faut donc, pour concentrer la puissance en un seul point, que cette action soit effectuée en apnée. Par contre, si vous maintenez trop longtemps la phase d’apnée, vous risquez de produire une saturation de gaz carbonique dans le sang qui vous obligera à une respiration rapide pour récupérer. C’est ce qui cause votre fatigue. Plus courte la phase en apnée, mieux ce sera. C’est pour cette raison qu’en aïkido les techniques doivent être exécutées rapidement : votre pouvoir de concentration atteint son maximum durant un très court laps de temps. Le maintenir durant longtemps est d’ailleurs impossible.
Le rythme de la musique est créé en émettant des sons périodiquement à une certaine fréquence ; c’est la cause du plaisir de l’auditeur autant que du musicien. Le même principe s’applique en aïkido. Le jeu cyclique des trois éléments de la respiration : inspiration, apnée, expiration créé des rythmes complexes selon différents accents et temps que dictent la nature de la technique, le mouvement particulier de celle-ci ainsi que sa vitesse d’exécution. Par exemple, si le rythme de la respiration s’harmonise avec la technique ou la séquence de techniques, elles seront bien exécutées. En d’autres mots, lorsque le corps atteint ce rythme, vous pouvez vous déplacer avec aisance et faire montre d’exhiber un grand pouvoir de concentration augmentant ainsi l’efficacité de vos techniques. Comme décrit plus haut, la capacité à garder son corps en équilibre est directement liée à l’habileté à maximaliser l’efficacité du pouvoir de concentration.
Maîtriser le kokyu, c’est-à-dire les pouvoirs de la respiration et de la concentration, est plus difficile qu’il n’y paraît. Vous devrez apprendre en soumettant votre corps à une pratique assidue. Deux impératifs s’ajoutent à ce qui précède : l’étude de l’interaction entre votre équilibre et les phases d’inspiration d’expiration et d’apnée, avec des déplacements sans heurts de votre centre de gravité et l’harmonisation de votre corps au rythme du mouvement. Ce n’est qu’après avoir acquis cette maîtrise que vous pourrez bouger votre corps avec légèreté et facilité et, ce qui est plus important, vous constaterez une amélioration dans l’efficacité de vos techniques et une diminution de la fatigue. C’est alors que vous réaliserez les bienfaits de l’aïkido et que vous prendrez encore plus de plaisir dans sa pratique.
Petite histoire de Itsuo TSUDA Sensei par rapport à la respiration :
Comment comprendre le concept respiratoire sur le plan technique? C'est simple. Lorsque vous êtes saisi par derrière à bras le corps par une personne plus forte que vous qui vous empêche de vous asseoir... que faire? Le projeter pour se dégager afin de pouvoir s'asseoir? Comme il pèse plus lourd que vous, vous ne pouvez le faire. Alors? Itsuo TSUDA Sensei répondait ceci :
« devenir un enfant »…. Je vois un coquillage merveilleux sur la plage et je me baisse pour le prendre. J'oublie celui qui continue à me serrer par derrière. Il y a l'écoulement du ki (expiration) qui part de moi vers le coquillage alors qu'avant le ki était figé à la pensée de celui qui me serre avec tant de force. Il devient alors léger et chute par dessus mes épaules... L'idée de projection provoque la résistance. Dans le geste de l'enfant, il y a la joie de ramasser le coquillage qui fait oublier la présence de l'adversaire.
Un nouvel oursin!!!

par Steph publié dans : sakuradojo
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Mercredi 3 octobre 2007

Il y a peu, j’ai lu un article sur le blog de Leo Tamaki (www.leotamaki.com) qui relatait la visite de Tamura Senseï à l’Aïkikai de Tokyo en « simple pratiquant »…
Je vous laisse apprécier la littérature de notre hôte dans laquelle il raconte également (outre sa fatigue à travailler avec un « vieillard » de 74 ans) qu’un pratiquant japonais taillé en roc a voulu tester Senseï et s’est retrouvé bien embarrassé…
De là, le titre sur l’ego et l’humilité car ce fait m’a grandement interpellé, pas seulement ma modeste personne mais aussi quelques correspondants Aiki (dont Emmanuelle réagissant toujours avec poésie).
Attitude humble que celle d’un Shihan estimé de par le monde, certains feraient bien d’en prendre de la graine au lieu de se croire arriver parmi les cieux, nous avons tous rencontré ce type de personnes lors de cours ou de stages. Je ne veux pas critiquer pour critiquer mais l’attitude de certains me laisse parfois pantois et ce même dans le sérail des « Maîtres » et professeurs ayant quand même une certaine responsabilité vis-à-vis de leurs élèves. Le but ultime des arts martiaux n’est-il pas finalement d’arriver à couper son ego ????
J’ai connu quelques enseignants dispensant leur savoir au compte goutte et semant le doute dans la recherche de leurs élèves, maintenant le « couvercle sur la casserole » pour éviter que les apprentis profs ne prennent de l’importance aux yeux des « kohais » et par la même fasse baisser le statut de « superstar » du professeur. Le pire est que cela fonctionne et que le nombre d’adhérents ne diminue pas, il est en rotation car cette attitude décourage, les anciens s’en vont et des débutants remplacent (les nouvelles fournées..). Le « maître » ne peut faire autrement que de s'ouvrir aux pratiquants. Voilà bien un bon moyen de dépasser son ego! On peut remarquer que, assez souvent, le piège de "la grosse tête" est souvent fatal pour l'enseignant... C'est peut-être dans ce sens que Tamura Senseï affirmait: "Ne peut véritablement transmettre l'Aïkido que celui qui a transcendé son ego".
Je pense humblement que Sensei nous fait d’ailleurs bien travaillé cela de par sa façon d’enseigner ; lorsqu’il tourne sur le tatami, il fera sentir aux plus aguerris ou aux plus forts physiquement qu’ils peuvent être bloqués à chaque instant. Quand il nous saisit les poignets, nous avons la sensation d’être pris dans un étau sans pouvoir bouger d’un iota (ou presque) et ce même chez les hauts gradés. On a l’impression que l’on peut passer le mouvement uniquement si il le veut bien….voilà comment casser un ego !!!!
Par contre, lorsqu’il pratique avec des enfants ou des personnes « faibles », c’est différent, j’en ai déjà vu le déplacer ;O))
Bon, cet état n’est pas l’apanage des aikidokas, dans la vie de tous les jours, nous croisons des personnes imbues d’elles-mêmes, à l’ego surdimensionné et à la vantardise propice, les «  moi-je » sont légion de nos jours…
C’est quand même un travail de tous les jours de se sortir de la maladie de l’ego, on dirait que l’humain ne peut s’en passer (voir par ailleurs sur ce blog l’article de Stéphane Benedetti à ce sujet). Essayez de supprimer les « moi-je » de son vocabulaire et en Aïkido remplacer « égocentrique » par « centrique », beau programme !
Finalement, l’ego est lié à la personne mais "personne", signifie en même temps quelqu'un et pas quelqu'un!!!! A méditer….

par Steph publié dans : sakuradojo
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Mardi 25 septembre 2007

Ce vendredi 21, nous avons eu la chance d’avoir un chouette cours sous la direction de Michel Gillet 6ème Dan, enseignant à Lyon et CEN FFAB. Ce cours était organisé dans le cadre du congrès de la Fédération Européenne d’Aïkido, ce qui nous a valu la présence de pratiquants de haut niveau venus d’Allemagne, Hollande et Angleterre (tous très sympathiques et ne se prenant pas la tête par ailleurs). Je ne vais pas vous raconter le cours, il fallait y être après tout, cours gratuit avec un expert, de magnifiques ukes et…gratuit, que demandez de plus ?
Je ne connaissais Michel Gillet que de nom et j’ai été, comme tous, agréablement surpris par sa façon de pratiquer très Tamura Sensei dont il est par ailleurs un fidèle élève. Le thème du jour fut le placement des hanches dans la pratique, très intéressant, dès que l’on place idéalement en position horizontale ou verticale ces nobles parties de notre corps, le partenaire se trouve irrémédiablement déséquilibré (Kote Gaeshi, Nikkyo Ura et Shiho Nage nous ont permis de bien distinguer cet aspect). Cours partagé aussi car beaucoup de réponses à des questions pertinentes e toute part. Les yeux de certains pratiquant(e)s brillaient après celà, ce qui est la preuve que nous avons reçu un bel enseignement digne d’un héritier de Tamura Shihan ….
Ah oui, pourquoi un oursin ??? Eh bien, j’appelle cela la théorie de l’oursin car dans les années septante, mon premier professeur d’Aïkido, feu René Van Henten nous avait parlé de cela. J’ai retrouvé cette expression il y peu lors d’un stage armes avec Michel Becart, on l’utilise lors de la tenue du sabre « comme si on tenait un oursin sous les aisselles », on serre trop…ca pique, on décolle les bras et l’oursin tombe. Ca m’est resté il faut croire. Et Michel Gillet de nous expliquer l’idée de Tamura Sensei sur les pieds dans la pratique du Ken mais avec des fourmis cette fois; on doit penser que nous avons des fourmis sous les talons, si on appuye trop les talons…purée de fourmis, si on les décolle trop, les fourmis partent en vacances, j’aime bien l’image.
Comme dans Furi Tama, on doit penser que nous avons un oiseau dans les mains, on serre trop…plus de pierrot, on relache, un bel envol….
Voilà quelques théories de ce fruit de mer, si vous en connaissez d’autres, ce blog vous est ouvert. Hier, notre premier cours d’armes de la saison, beau succès, je pense que les gens ont apprécié et nous allons essayer de continuer dans cette voie (et j’ai parlé de l’oursin, si, si…).

par Steph publié dans : sakuradojo
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Jeudi 20 septembre 2007

A mettre dans vos agendas :
Notre Dojo organisera un stage exceptionnel à Chaumont-Gistoux les 19 et 20 janvier 2008 sous la direction de Leo Tamaki, enseignant franco-japonais vivant en grande partie au Japon afin d'y suivre l'enseignement de différents maîtres. Une petite biographie ainsi que quelques liens web pour le découvrir :
Leo Tamaki débute la pratique des arts martiaux à 5 ans par le Judo. Il pratique ensuite le Kung Fu style Shaolin, le Karaté Shotokan puis Kyokushinkaï, le Full contact (boxe américaine), l'Aïkijutsu et enfin l'Aïkido sous les houlettes de Jacques Bardet 6ème Dan et de Toshiro Suga 7ème Dan.

4ème Dan Aïkikai, il suit principalement Tamura Shihan et enseigne à Paris (Herblay) lorsqu’il est présent en France. Il a habité trois ans de suite au Japon et depuis dix ans y passe entre 4 et 6 mois sur l'année. Au Japon, il suit les cours de l’Aïkikai de Tokyo sous la direction du Doshu Moriteru Ueshiba et des autres Senseïs instructeurs au Hombu Dojo mais sa pratique a surtout été influencée par l'enseignement des maîtres Sasaki, Tada, Osawa et Masuda. Il poursuit également depuis trois ans l'étude du Shinbukan sous la direction de Kuroda Senseï. Leo Tamaki écrit régulièrement des articles pour des revues d’arts martiaux telles que Dragon ou Tsubaki Journal.
Blog de Leo Tamaki au Japon:
www.leotamaki.com
Tsubakijournal : Revue d’arts martiaux en ligne
www.tsubakijournal.com
Bio de Kuroda Senseï:
www.tsubakijournal.com/article-6508695.html
Visite de l’Aikikai de Tokyo:
http://www.tsubakijournal.com/article-7065889.html

par Steph publié dans : sakuradojo
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Mercredi 12 septembre 2007

Voilà bien une drôle de question vous direz-vous en lisant le titre de cet article. Mais à l’heure à la planète souffre de par nos turpitudes, nous sommes là pour poser toutes sortes de questions, même celles qui paraissent absurdes.  A priori, on peut penser que oui, l'Aikido est un art écologique dans la mesure où il n'est pas mécanique, ne nécessite pas de moteur ou d‘énergie polluante. De la sueur oui, de l'huile de coude en grande quantité également, mais pour le reste ce n'est pas une activité polluante. Nos armes sont sans gaz à effets de serre ni explosion, et nos tenues sont en coton. L'aïkidoka peut donc se dire en toute bonne conscience qu'il respecte son environnement. De plus, la compréhension des rythmes de la nature, de l'énergie, du corps et les messages de paix et de bien-être véhiculés par cet art martial font de l'aïkidoka une personne sensible à la beauté de la nature. Toutefois, si on creuse un peu plus loin on s'aperçoit que le tableau n'est pas si idyllique qu'on le voudrait croire. Commençons par notre équipement. Les tatamis que nous utilisons sont en mousse expansée, avec revêtement synthétique ou en coton, le tout gaiement bariolé de couleurs vives. Ces mousses sont bien loin des tatamis en paille, fragiles certes, mais au moins 100% naturel. Les mousses sont des dérivés de produits pétroliers. De l'extraction au raffinage, de la transformation du produit brut en matière synthétique, de la mise en forme par thermoformage -qui nécessite de l'énergie pour chauffer- en passant par l'utilisation de teintures chimiques, on ne peut pas dire qu'il s'agisse ici d'un produit écologique, bien au contraire. On se trouve là dans l'un des pires produits qui puissent exister, surtout qu'il n'existe aucune filière de recyclage pour ces matières. Il faut les jeter ou les brûler, induisant ainsi d'autres comportements polluants. Passons aux armes en bois. Le Japon a perdu tellement de forêts que le fameux « chêne japonais » est strictement contrôlé et que seule une minuscule portion des arbres fait l'objet d'un droit d'exploitation. Nos bokken, jo et tanto sont depuis bien longtemps issus des arbres d'Indonésie ou des Philippines, achetés par des compagnies à Hong-Kong, travaillés en Chine ou à Taïwan, puis exportés au Japon où ils reçoivent une étiquette « Made in Japan » (ils sont quand même de qualité supérieure aux autres car le bois est bien meilleur). La croyance en ce label est donc un leurre, car aujourd'hui plus personne n'utilise du bois du Japon (trop cher) ni la main-d'œuvre japonaise (trop chère également), à l'exception d'une poignée de petits artisans qui font de la résistance. Mais il ne représente tout au plus que 1% du marché mondial. En commandant ces armes, un aïkidoka participe donc (certes à petite échelle) à la déforestation dramatique de l'Asie du Sud-est, à l'exploitation de main d'œuvre et à la pollution générale à grand renfort de transports maritimes pour le bois brut (1er voyage), le bois usiné en machine (2e voyage) le produit manufacturé (3e voyage) et son exportation dans le monde (4e voyage). Pas joli joli tout ça. Tiens, si vous voulez changer, je vous communique l’adresse d’un artisan français qui fabrique des armes dans le plus grand respect de la nature. Il s’appelle Bernard Saligne et a l’air sérieux dans sa démarche, j’ai commandé un bokken, je vous donnerai mes impressions lors de la réception du colis (ca vient de moins loin…) web : www.salignebokken.com

Les keikogi sont en coton. Ça au moins c'est écolo, me dira-t-on. Rien n'est plus faux ! Le plan de coton épuise rapidement le sol où il est planté et nécessite donc des engrais dès sa deuxième année. Le cotonnier connaît un certain nombre de maladies ou de parasites, comme le faux mildiou et bien d'autres, contre lesquelles il faut pulvériser des pesticides. Il faut savoir qu'un plant de coton épuise le sol où il est planté en 10 ans et qu'aucune culture n'est possible à sa place avant quelques années. L'exploitation du coton africain et américain est, là aussi, affaire de grosses multinationales. Pour les Africains, les sols pauvres s'épuisent et les petits cultivateurs sont exploités par des cours du marché volontairement maintenus très bas. Pour les Américains, les grandes exploitations sont entièrement mécanisées, soit plus de pollution et un appauvrissement de la terre à cause du labourage, qui doit être suppléé par des engrais. L'industrie du coton est également très polluante, car on utilise des produits corrosifs pour passer de sa couleur naturelle blanc-jaune à une couleur blanche immaculée. Sans parler des quantités d'eau utilisées qui provoquent la pollution des rivières. Enfin, il faut penser à nouveau aux transports maritimes, à la confection des keikogi (surtout en Chine et au Vietnam), à l'exploitation des ouvriers après celles des cultivateurs, à la réexpédition des produits finis pour l'exportation à travers le monde. On ne peut pas décemment se glorifier de nos keikogi. J’ai eu il y a peu l’idée de me lancer dans la confection d’une ligne de keikogi en coton bio, j’ai trouvé un fournisseur de cette matière en Belgique mais encore faut-il être sûr d’avoir une clientèle attirée par ce produit car forcément le coût en sera plus élevé. Bon, j’y réfléchis encore et il faudrait aussi que je trouve des investisseurs aimant mettre leur argent dans de tels nobles projets (ce n&rsquo